III. Un conflit armé généralisé : mi-mars à mai 2011
Les mois de tensions et de violences en Côte d’Ivoire ont dégénéré en conflit armé dès mars 2011, période à laquelle les Forces républicaines ont lancé une offensive militaire dans l’extrême Ouest. Si les premières villes ont été prises dès fin février, le combat intense entre les forces armées a commencé mi-mars dans l’extrême Ouest et fin mars à Abidjan. De graves exactions ont continué d’être commises dans les deux camps, jusqu’aux derniers jours des combats début mai, soit près d’un mois après l’arrestation de Laurent Gbagbo, le 11 avril.
Dans l’extrême ouest du pays, alors qu’ils battaient en retraite, des groupes de miliciens et de mercenaires fidèles à Laurent Gbagbo ont perpétré des massacres et des meurtres généralisés dans un dernier élan de violence à l’encontre des Ivoiriens du Nord et des immigrés ouest-africains. À Abidjan, les forces de sécurité ralliées à Laurent Gbagbo ont bombardé aveuglément des zones civiles, tirant avec des armes lourdes sur des marchés et des quartiers. Les groupes de milices pro-Gbagbo ont attaqué des habitations et monté des points de contrôle rapprochés, tuant des centaines de partisans supposés d’Alassane Ouattara d’une manière effroyablement brutale. Ces événements ont marqué l’acte ultime de ce qui pourrait être qualifié de crimes contre l’humanité perpétrés par les forces placées sous le contrôle de Laurent Gbagbo, de Charles Blé Goudé et de leurs proches alliés.
Quant aux Forces républicaines qui s’emparaient du pays, elles ont laissé dans leur sillage des morts, des femmes violées et des villages en cendres. Dans l’extrême Ouest, les forces d’Alassane Ouattara ont abattu des vieillards incapables de fuir les combats. Des femmes de Duékoué ont dû regarder les soldats d’Alassane Ouattara traîner leurs maris, leurs frères et leurs fils hors de leurs maisons et les exécuter. Après avoir pris le contrôle d’Abidjan, les Forces républicaines ont tué au moins 149 individus et torturé ou traité de manière inhumaine un plus grand nombre encore de personnes en détention. Au minimum, ces actes constituent des crimes de guerre aux termes du droit international. Mais étant donné l’étendue et la nature parfois organisée de ces actes, ceux-ci peuvent très certainement être qualifiés de crimes contre l’humanité.
Forces pro-Gbagbo
Meurtres et massacres dans l’extrême ouest du pays
Alors que les Forces républicaines avançaient dans leur offensive militaire, les forces armées régulières jusque-là fidèles à Laurent Gbagbo ont rapidement battu en retraite. Toutefois, d’autres forces pro-Gbagbo, essentiellement composées de miliciens ivoiriens et de mercenaires libériens [voir encart ci-après], sont souvent restées en arrière. Beaucoup semblent ainsi avoir voulu profiter d’une dernière occasion de commettre des atrocités à l’encontre des partisans présumés d’Alassane Ouattara, avant de battre à leur tour en retraite. Human Rights Watch a recueilli des informations sur des massacres perpétrés par les miliciens et mercenaires pro-Gbagbo dans deux villes de l’ouest de la Côte d’Ivoire et sur des tueries commises dans quatre autres villes.
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Mercenaires libériens : guerriers régionaux, acte deux
Les deux camps ont recruté des mercenaires libériens durant la période post-électorale, exploitant des réseaux remontant au premier conflit armé ivoirien composés d’ex-combattants qui avaient pris part à la guerre civile brutale qui a ravagé le Libéria.[138] Le travail mené sur le terrain par Human Rights Watch le long de la frontière entre le Libéria et la Côte d’Ivoire, avec notamment des entretiens réalisés avec des mercenaires ayant été recrutés, révèle que les forces de Laurent Gbagbo auraient recommencé à recruter et à entraîner d’anciens alliés libériens quelques semaines avant le second tour des élections. Alors que le conflit armé se profilait, les forces armées des deux camps ont commencé à recruter, traitant parfois avec des individus accusés de graves crimes commis pendant les guerres civiles qui avaient éclaté dans la région. [139] Les chefs de groupes d’ex-combattants basés à Monrovia ont déclaré à Human Rights Watch qu’au total, plus de 3 000 Libériens avaient traversé la frontière ivoirienne pour aller se battre. Plusieurs mercenaires libériens ont dit avoir reçu entre 300 et 500 dollars chacun. D’autres sont venus avec la promesse d’être payés plus tard et l’autorisation expresse de piller. |
Le 22 mars, des miliciens et mercenaires pro-Gbagbo ont tué au moins 37 immigrés ouest-africains à Bédi-Goazon, un village situé à 32 kilomètres de la ville de Guiglo, où vivent, d’après les estimations, quelque 400 immigrés ouest-africains, dont la plupart travaillent dans des plantations de cacao sur des terres appartenant à des Ivoiriens. [140] Human Rights Watch s’est entretenu avec six témoins qui ont affirmé que beaucoup de ces assaillants, qui parlaient l’anglais, semblaient venir du Libéria, tandis que la grande majorité des victimes étaient des immigrés du Mali et du Burkina Faso. Les témoins ont affirmé que vers 13 heures, ce jour-là, les Forces républicaines avaient traversé Bédi-Goazon, en route vers Guiglo. Vers 15h30, selon les témoins, au moins quatre véhicules transportant des dizaines de miliciens pro-Gbagbo, certains en uniforme et d’autres en civil, ont attaqué la partie du village où habitaient les immigrés ouest-africains. Les témoins ont expliqué que les miliciens, armés d’armes automatiques, de grenades propulsées par lance-roquettes et de machettes, avaient tué les immigrés chez eux ou alors qu’ils tentaient de s’échapper. Avant de partir, les agresseurs se sont livrés à des actes de pillage en s’emparant de tout objet de valeur—notamment des motocyclettes, de l’argent, des téléviseurs, des matelas et des vêtements—et ont, dans certains cas, incendié les maisons.
Plusieurs témoins ont indiqué que la prise pour cible des victimes était clairement basée sur des critères ethniques. Un témoin de 36 ans a déclaré : « Ils sont venus en nous accusant d’être des rebelles et nous ont dit : ‘Si vous êtes dioulas [nord de la Côte d’Ivoire], fuyez si vous le pouvez, si vous êtes guérés [natifs de la région et surtout partisans de Laurent Gbagbo], restez, nous ne sommes pas venus pour vous. Mais si vous êtes maliens ou mossis [un groupe ethnique du Burkina Faso], nous allons vous tuer.’ Et puis, ils ont commencé à tuer. » [141]
Une Malienne âgée de 18 ans a entendu les assaillants crier en anglais « Fire them ! » (« Tirez sur eux ! »), alors qu’ils descendaient de leurs véhicules et commençaient à tuer. Elle a dit qu’elle et plusieurs autres femmes et enfants ont été sauvés par une Libérienne qui s’est interposée. [142] Quelques témoins, comme ce Malien de 28 ans, ont pu survivre en donnant de l’argent à leurs agresseurs, mais ont vu d’autres personnes se faire tuer sous leurs yeux :
Vers 15 heures, nous avons entendu des camions venir et nous nous sommes réfugiés dans nos maisons. Les hommes ont tiré en l’air puis ils ont commencé à défoncer les portes en criant : « Tirez ! Tirez ! » et « Vous êtes des rebelles, nous allons tous vous tuer. » Nous avons entendu des coups de feu et des cris. […] Avec ma famille, nous nous sommes cachés dans notre maison. Ils ont défoncé la porte et crié que si je ne leur donnais pas de l’argent, ils nous tueraient tous. Je leur ai donné tout ce que j’avais—84 000 CFA, et les clés de trois motos. Je les ai suppliés de ne pas me tuer. […] J’étais terrifié, mais ça m’a sauvé la vie. Le commandant a dit : « Sans argent, tu étais mort. » Mais tout le monde n’avait pas de l’argent. […] Ils ont tué un Burkinabé devant moi […] et plus tard dans une maison voisine, je les ai vus tuer cinq femmes à quelques mètres de moi. Ils ont crié : « Donnez-nous de l’argent ! » Les femmes ont supplié, disant qu’elles n’en avaient pas, alors ils les ont abattues—trois à l’intérieur de la maison, deux à l’extérieur. Ils ont ordonné à quatre d’entre nous de transporter dans leur camion les marchandises qu’ils avaient pillées. […] En marchant dans le village, j’ai vu au moins vingt corps et entendu des femmes et des enfants gémir. […] Je les ai vus mettre le feu aux maisons et on m’a dit que certains villageois avaient été brûlés vifs à l’intérieur. [143]
Un homme de 34 ans originaire du Burkina Faso a dit avoir vu vingt-cinq personnes tuées, et a noté ce qu’il pense être un motif clair de l’attaque :
En tuant les gens, ils les accusaient d’être des rebelles. […] Ils ont dit d’autres choses en anglais que je n’ai pas comprises. J’ai vu vingt-cinq personnes tuées sous mes yeux. Ils ont tué des femmes, des enfants et des hommes. Ils ont dit qu’ils nous tueraient tous. Ils ont forcé les gens à sortir de leur maison et ils les ont tués, exactement comme ils l’avaient dit. La plupart des gens qui vivent dans ce village sont des Burkinabés, des Maliens et des Sénoufo [ethnie du nord de la Côte d’Ivoire]. Ils ont forcé les gens à sortir de leur maison et les ont tués sur le pas de leur porte. Un homme a ouvert sa porte, deux hommes l’ont traîné dehors et ils l’ont tué d’une rafale de kalaches. J’ai aussi vu tuer toute une famille. L’homme, son petit frère, deux femmes et leurs enfants—deux enfants de neuf et cinq ans. Ils les ont tués comme si de rien n’était. [144]
Quelques jours plus tard, le 25 mars, les miliciens et mercenaires pro-Gbagbo ont massacré une centaine de personnes dans la ville de Bloléquin après avoir brièvement repris la ville aux Forces républicaines. Des centaines de personnes avaient trouvé refuge dans la préfecture durant les intenses combats entre les deux forces armées. Lorsque les forces pro-Gbagbo ont pris le contrôle de la préfecture tôt le matin du 25 mars, elles ont séparé les Ivoiriens du Nord des immigrés ouest-africains et les ont exécutés, hommes, femmes et enfants. Un homme qui était détenu par les Forces républicaines à la préfecture de Bloléquin à l’arrivée des forces de Laurent Gbagbo a décrit à Human Rights Watch comment, contrairement aux nombreuses autres personnes qui avaient été abattues, il avait été épargné :
Il était environ 4 heures du matin, et on pouvait entendre le bruit fort des affrontements. La préfecture tremblait à cause des tirs. Les habitants de la ville étaient généralement répartis dans des pièces différentes en fonction de leur groupe ethnique, et nous, les Guérés, on était couchés dans une grande pièce. […] Juste avant 6 heures, des hommes armés ont fait irruption dans la pièce où l’on se trouvait. C’étaient des mercenaires libériens et quelques autres combattants pro-Gbagbo. Les mercenaires étaient dirigés par un gars surnommé « Bob Marley ». Quand ils ont fait irruption dans la pièce, on a mis nos mains en l’air en criant : « On est prisonniers, on est prisonniers, ne tirez pas ! » Ils ont demandé s’il y avait des rebelles parmi nous, et on a répondu : « Non, on est tous des Guérés, on est prisonniers. » Ils nous ont fait sortir de la pièce et on a commencé à voir des corps jonchant le sol partout dans les autres pièces. Ils nous ont fait sortir par l’arrière, en disant : « Il y a trop de corps dans le hall d’entrée principal pour que vous passiez par là. » Je pouvais voir des corps empilés. Il y avait des femmes, des hommes et des jeunes enfants.
À l’entrée de la préfecture, ils avaient posté un milicien guéré qui demandait à chaque personne à quel groupe ethnique elle appartenait—il parlait à la personne en guéré pour voir si c’était sa langue maternelle. Ceux qui pouvaient parler guéré, ils les emmenaient dehors. Ceux qui ne pouvaient pas, ils les forçaient à aller dans une autre direction. À ce stade, on avait rejoint des personnes provenant d’autres pièces. Donc il y en avait certains qui étaient dioulas, mossis, malinkés. J’ai entendu pleurer des bébés et des femmes, ils les ont tous tués. Ils les ont massacrés. On était dehors et ils nous ont fait attendre pendant qu’ils ouvraient le feu sur quiconque n’était pas guéré. Je ne sais pas comment quelqu’un aurait pu survivre. Il y avait un bruit incroyable à cause des tirs et des pleurs. Je n’ai jamais rien entendu de pareil. [145]
Un autre homme entendu par Human Rights Watch est arrivé à Bloléquin quelques jours plus tard et a découvert plus de 70 cadavres dans la préfecture, tous tués par balles. Il y avait tellement de corps autour de lui qu’il n’a pas pu les compter. L’homme a confirmé que les victimes appartenaient à des groupes ethniques du nord de la Côte d’Ivoire et de pays ouest-africains voisins. [146]
Human Rights Watch a également recueilli des informations sur les meurtres de 10 Ivoiriens du Nord et autres ressortissants ouest-africains à Guiglo le 29 mars tôt le matin, lorsque la ville était sous le contrôle des miliciens pro-Gbagbo et mercenaires libériens, reconnaissables à leurs uniformes dépareillés, à leurs amulettes traditionnelles et au fait qu’ils communiquaient en guéré et en anglais. Des témoins ont déclaré que les auteurs des meurtres avaient attaché les victimes ensemble, puis les avaient égorgées. [147] Une autre personne interrogée par Human Rights Watch a vu les corps le lendemain et, selon elle, deux de ces corps étaient ceux de ressortissants maliens et, un troisième, celui d’un Guinéen. [148] Les forces pro-Gbagbo ont quitté Guiglo le 30 mars, des heures avant l’arrivée des Forces républicaines. Human Rights Watch a également recueilli des informations sur les meurtres, à la mi-mars, de huit ressortissants togolais vivant à Keibli, avant que les Forces républicaines ne s’emparent de ce village situé juste à l’extérieur de Bloléquin. Un habitant de Bloléquin qui s’est entretenu avec Human Rights Watch a trouvé leurs corps mutilés dans un lac et aux alentours. [149]
Des témoins ont signalé à Human Rights Watch que tant lors du massacre de Bloléquin que lors de celui de Bédi-Goazon, les attaquants étaient dirigés par un mercenaire libérien dont le nom de guerre était « Bob Marley ». [150] Selon des témoins et plusieurs autres témoignages dignes de foi, dont certains émanant d’ex-combattants au Libéria, « Bob Marley » travaille pour Gbagbo depuis le conflit civil de 2002, utilisant le village de Ziglo, juste à l’extérieur de Bloléquin, comme base pour recruter et entraîner des mercenaires libériens depuis les élections de 2010. [151]
Selon les bulletins d’actualité, les autorités libériennes ont arrêté « Bob Marley » en mai 2011 pour son implication dans la crise ivoirienne. [152] Au moment de la rédaction du présent document, il était détenu à Monrovia, accusé de « mercenarisme » aux termes de la loi du Libéria. [153]
Tirs aveugles d’obus à Abidjan
Au cours du mois de mars, les forces de sécurité de Laurent Gbagbo ont procédé à des tirs d’armes lourdes, dont des tirs de mortier, qui ont tué des civils dans des quartiers pro-Ouattara d’Abidjan, ce que le droit humanitaire international qualifierait probablement d’attaques indiscriminées. La pire de ces attaques a été perpétrée dans le quartier d’Abobo par des soldats pro-Gbagbo restés dans la base de gendarmerie connue sous le nom de Camp Commando—la seule partie d’Abobo alors encore sous le contrôle des forces de Laurent Gbagbo. Human Rights Watch a documenté au moins 30 décès causés par ces tirs aveugles, qui pourraient être constitutifs de crimes de guerre.
Le 17 mars, plusieurs témoins entendus par Human Rights Watch ont vu des tirs de mortiers partir du Camp Commando. [154] Les quatre premiers obus ont atterri dans une zone appelée Abobo SOS pendant cinq minutes entre 12 et 13 heures, tuant 6 personnes en tout, dont deux enfants de moins de 10 ans, et en blessant 34 autres. [155] Un témoin, qui porte encore des éclats d’obus dans la nuque et a été touché à plusieurs endroits lors de l’attaque, a relaté les faits : « J’ai entendu ‘BOOM’, puis je suis tombé. J’ai mis mes mains sur ma tête et j’ai vu du sang couler le long de mon bras. Un Sénégalais à mes côtés a reçu des éclats d’obus dans le ventre et il est mort. [...] Lorsque l’obus a explosé, j’ai senti souffler une énorme rafale de vent—Vooom—très chaud. »
Peu après, deux obus ont atterri sur le marché de Siaka Kone d’Abobo, tuant au moins 15 personnes et en blessant une dizaine de plus. Six hommes prenaient le thé en bavardant dans une étroite allée du marché lorsqu’un obus a explosé à quelques mètres d’eux ; ils sont tous morts. [156] Un homme de 50 ans blessé par des éclats d’obus lors de cette même explosion a décrit la scène :
Il était un peu moins de 13 heures, j’étais assis à une table ici. Nous ne pouvions pas aller travailler car il était trop dangereux d’être à découvert, alors nous sommes restés assis à discuter, nous croyant en sécurité. Et puis nous avons entendu l’explosion—‘Boom’. Un énorme nuage de poussière s’est élevé, et combiné au bruit, ça a causé la panique, les gens couraient dans tous les sens. […] Quand ça a explosé, c’était comme si plein de coups de feu étaient tirés partout. Une fois la panique terminée, j’ai vu 13 personnes mortes, là, sur le marché. L’une d’elles était un homme de 72 ans qui était assis à côté de moi. J’étais blessé aux deux jambes et aux chevilles, dont une a dû être opérée. […] Certaines blessures étaient tellement horribles qu’on ne pouvait pas les regarder. Des gens ont eu des membres arrachés, d’autres étaient complètement difformes. [157]
Quatre autres témoins ont décrit la situation en des termes similaires, notamment un dont le jeune frère a été blessé au ventre et est décédé plus tard à l’hôpital. [158] Tous les témoins ont clairement déclaré qu’il n’y avait sur place ni personnel, ni cible militaire. Lorsque Human Rights Watch s’est rendu sur place en juillet 2011, des centaines d’impacts étaient encore visibles dans les toits de tôle, les portes métalliques, les murs en béton et tout ce qui se trouvait dans un rayon de 15 à 20 mètres du lieu de l’explosion. La division des droits de l’homme des Nations Unies a enquêté le jour de l’attaque ; son rapport indique qu’au moins six obus de mortier de 81 mm ont été tirés, tuant au moins 25 personnes et en blessant 40 autres. [159]
Des attaques similaires sur des quartiers résidentiels ont tué au moins neuf autres personnes entre le 11 et le 24 mars ; une femme et son bébé ont été tués lors de l’une de ces attaques. [160] La commission d’enquête internationale a documenté d’autres bombardements d’obus effectués par les forces de Laurent Gbagbo dans les quartiers de Williamsville, de Yopougon et d’Adjamé, signalant au moins 40 morts et plus d’une centaine de blessés si l’on inclut les attaques d’Abobo. [161]
Suite aux nombreux bombardements de zones civiles, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté le 30 mars la résolution 1975 demandant à l’UNOCI « d’utiliser tous les moyens nécessaires pour mettre en œuvre son mandat de protéger les civils (…) y compris pour prévenir l’usage d’armes lourdes ». [162] Le 3 avril, le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon a demandé au Président Sarkozy l’assistance de la force Licorne dans cet effort ; des attaques concertées de la force de maintien de la paix des Nations Unies et de la force Licorne ont commencé le lendemain dans les zones où les troupes de Laurent Gbagbo étaient soupçonnées d’utiliser des armes lourdes contre les civils. [163] Ces interventions ont mené aux attaques de la résidence de Laurent Gbagbo le 11 avril, juste avant que les Forces républicaines n’arrêtent l’ancien Président. [164] Un journaliste de l’Associated Press a dénombré plus de 500 missiles BM-21 pour lance-roquettes multiples de 122 mm quelques jours plus tard dans la résidence de Laurent Gbagbo ; mortier, grenades et munitions pour mitrailleuses ont également été trouvés, notamment chez Ake N’Gbo, le Premier ministre de Laurent Gbagbo. [165]
Viols et meurtres ethniques généralisés à Abidjan
Human Rights Watch a documenté plus de 260 meurtres perpétrés par des miliciens, mercenaires et forces armées pro-Gbagbo à Abidjan, alors que les Forces républicaines s’emparaient progressivement de la ville. Les forces de Laurent Gbagbo ont établi des points de contrôle partout dans la ville, poursuivant leur campagne de ciblage à l’encontre des Ivoiriens du Nord et des immigrés ouest-africains qui durait déjà depuis plusieurs mois. Avant l’arrivée des Forces républicaines dans tous les quartiers, les forces pro-Gbagbo ont lancé une dernière vague de violence contre les partisans d’Alassane Ouattara—tuant des hommes, essentiellement des jeunes, et faisant subir aux femmes des violences sexuelles. Les tueries se sont poursuivies jusque dans les derniers jours de la présence des forces de Laurent Gbagbo dans certains quartiers. De nombreuses personnes ont été tuées dans le fief traditionnel de la milice de Yopougon dans les jours qui ont suivi l’arrestation de Laurent Gbagbo, laissant le quartier jonché d’une douzaine de charniers et, pendant de nombreux jours, des corps éparpillés dans les rues.
Les meurtres documentés par Human Rights Watch ont eu lieu dans les quartiers d’Adjamé, de Williamsville, de Koumassi, de Port-Bouët et de Yopougon. Des sources crédibles, notamment des groupes locaux de défense des droits humains et des chefs de quartier de communautés immigrées, ont recueilli des informations sur des meurtres similaires dans d’autres quartiers, comme ceux de Treichville et de Plateau, ce qui laisse supposer que le nombre total de personnes tuées par les milices pro-Gbagbo pendant cette période est probablement plus élevé. Les corps ont souvent été brûlés, parfois en masse, par les miliciens pro-Gbagbo ou par des habitants qui ne supportaient plus l’odeur—ne laissant d’autres traces que de petits fragments d’os.
Adjamé et Williamsville
Le 14 mars, les forces pro-Ouattara—en particulier le Commando invisible—ont brièvement étendu leur contrôle depuis Abobo jusque dans les quartiers d’Adjamé et de Williamsville. Après les avoir repoussées au cours des jours suivants, les forces pro-Gbagbo ont ciblé et tué des douzaines de partisans supposés d’Alassane Ouattara dans ces quartiers. Une femme de 52 ans, restée à Williamsville pendant presque toute la vague de violence car ses parents étaient trop âgés pour s’enfuir, a raconté ce qui suit à Human Rights Watch :
C’est après que les [forces pro-Ouattara] ont été repoussées que des jeunes en civils venus des résidences universitaires [une base courante pour les groupes de miliciens] sont arrivés dans le quartier. Certains d’entre eux portaient un brassard rouge. Quand ils sont arrivés, ils ont tiré des coups de feu. Tous les jours, ils tiraient, et tiraient. Dès qu’on les apercevait, on se cachait vite. […] Je les ai vus de mes propres yeux tuer trois personnes et en blesser gravement une quatrième. […] Pas plus tard qu’hier, ils en ont tué quatre autres sous le pont de la station Mobil. Je revenais du marché quand j’ai vu les quatre cadavres. Les miliciens étaient encore là. Je suis passée et j’ai fait comme si je ne les avais pas vus. […] Un jour, ils m’ont arrêtée et ont voulu m’abattre, mais l’un d’eux est intervenu et j’ai pu repartir. [166]
Les meurtres sont devenus de plus en plus fréquents au fur et à mesure que les Forces républicaines se rapprochaient d’Abidjan. Un chauffeur ivoirien a décrit le meurtre, le 28 mars, de trois bouchers maliens par des miliciens, reconnaissables à leur tee-shirt noir et leur brassard rouge. Les miliciens les ont abattus alors qu’ils allaient chercher une vache dans le quartier de Williamsville. [167] Le 17 mars, un Sénégalais, blessé au bras dans le quartier d'Adjamé par un tir d’hommes armés en uniforme, a raconté comment deux de ses amis, également des Sénégalais, ont été abattus ce jour-là : « Les hommes armés ont visé leurs armes sur eux et ont tiré. […] Ils ne leur ont posé aucune question, ils les ont abattus comme ça, à bout portant. » [168] Un autre témoin a décrit le meurtre d’un civil arrêté le 30 mars à un barrage de miliciens à Adjamé :
À midi, les miliciens ont arrêté une camionnette et ont demandé au conducteur et à son apprenti leurs papiers d’identité. Ils ont traîné l’apprenti hors du siège passager et dit au conducteur qu’il pouvait partir. Ils ont tiré quatre fois sur l’apprenti. Son corps est toujours dans la rue. C’est comme ça qu’ils ciblent les étrangers. […] Ils regardent les papiers et déterminent votre origine. Si vous êtes originaire de la CEDEAO [Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest] ou du Nord, ils vous disent de descendre, et—trop souvent—vous tuent. Avec maintenant une dizaine de ces postes de contrôle à Adjamé, les meurtres et ce genre d’incidents sont devenus monnaie courante. [169]
Si les miliciens étaient souvent les auteurs de crimes, des témoins ont également identifié les forces de sécurité lors de certaines attaques. Un homme de 40 ans, originaire du Burkina Faso, était l’un des neuf immigrés ouest-africains arrêtés par des hommes armés et en uniforme, qu’il pense être des policiers, à un barrage à Adjamé, le 29 mars. Le groupe a été emmené dans un poste de police où les policiers leur ont tiré dessus :
À 8h30, en me rendant à mon travail, j’ai été arrêté à un poste de contrôle. Les policiers m’ont demandé ma carte d’identité. À la vue de mon nom, ils m’ont dit de monter dans un 4x4 stationné à proximité. Je suis monté ; il y avait huit autres personnes. Nous avons été emmenés au 11 e commissariat de police. Il y a un camp, juste derrière le commissariat, et c’est là que tout s’est passé. La police nous a poussés et a crié : « Êtes-vous des frères de la rébellion ? » J’ai dit non, mais à l’évidence, ce n’était pas une vraie question. Puis ils ont dit : « Si vous êtes burkinabé, allez là-bas à gauche. Si vous êtes malien, allez à gauche. » Nous sommes donc tous allés à gauche. Puis ils se sont tournés vers nous et ont tiré. […] Six d’entre nous sont morts. J’ai reçu une balle dans le bras et dans les reins et j’ai dû leur paraître mal-en-point parce qu’ils m’ont laissé pour mort. Les policiers sont partis tout de suite après. Je n’ai pas douté qu’ils soient des policiers à cause de leur tenue ; le 4x4 aussi était un véhicule de police, avec les marques de la police, et le camp au commissariat était un camp de police. Deux des morts étaient des Burkinabés ; j’ai appris que les six autres étaient maliens. […] J e n’ai pas pu dormir la nuit dernière, je ne peux pas oublier, et aussi à cause des sutures. [170]
La violence à Adjamé a provoqué un exode massif d’Abidjan des immigrés ouest-africains et des Ivoiriens du Nord, qui sont allés se réfugier dans leurs ambassades respectives ou auprès de familles résidant en dehors d’Abidjan ou dans d’autres quartiers.
Koumassi/Port-Bouët
Human Rights Watch a également documenté de nombreux meurtres perpétrés dans les quartiers de Koumassi et de Port-Bouët alors que les Forces républicaines et les forces pro-Gbagbo s’affrontaient pour prendre le contrôle d’Abidjan entre le 31 mars et le 11 avril, date de l’arrestation de Laurent Gbagbo. Étant situés tout au sud d’Abidjan—à l’autre bout de l’endroit par lequel les Forces républicaines étaient entrées dans la ville—, ces quartiers ont été deux des trois derniers à tomber. En effet, les combats n’y ont pas été particulièrement intenses car les Forces républicaines n’ont pas eu besoin de les contrôler pour arrêter Laurent Gbagbo ; la majorité des miliciens pro-Gbagbo avaient fui le quartier au moment de l’arrestation de Laurent Gbagbo.
Cependant, tandis que les combats se poursuivaient dans d’autres parties de la ville, les partisans réels ou présumés d’Alassane Ouattara dans ces quartiers ont été systématiquement ciblés par les soldats des Jeunes patriotes, de la FESCI et du CECOS. Des miliciens ont tué au moins 18 habitants de Port-Bouët, essentiellement des immigrés ouest-africains, au cours des attaques des 2 et 4 avril. [171] D’autres encore ont été tués alors qu’ils tentaient de fuir l’offensive pour aller se réfugier dans d’autres quartiers. Lors de l’attaque de la milice pro-Gbagbo le 2 avril, des centaines de personnes sont parties en direction de la base de la force Licorne située non loin de là. Apprenant que la base Licorne ne pouvait pas les abriter, les habitants ont poursuivi leur route vers Koumassi. Un témoin a raconté ce qui s’est ensuite passé :
Nous étions plus d’une centaine à courir. Lorsque nous nous sommes approchés du bâtiment de Koumassi Sicogi où vivaient des miliciens, nous sommes tombés dans une embuscade. C’était près du Camp Commando [une base de gendarmerie]. Ils ont ouvert le feu. Dans ma course, j’ai marché dans un trou et je me suis déchiré le genou. Je suis tombé par terre et il y avait six corps autour de moi—deux juste à mes côtés et quatre autres devant moi, à quelques mètres seulement. Les assaillants sont venus vers nous, ils portaient un tee-shirt de Gbagbo et un pantalon noir. J’ai fait le mort ; je savais qu’autrement ils me tueraient. Ils nous ont tous touchés avec leurs armes et l’un d’eux a dit : « Ils sont morts, allons-y. » Vers 7 ou 8 heures du matin, une patrouille française est arrivée. Je ne pouvais pas bouger à cause de mon genou, mais j’ai hurlé pour qu’ils m’entendent et ils sont venus me chercher. [172]
Un autre témoin entendu par Human Rights Watch a assisté, le 7 avril, à l’exécution de quatre frères à un poste de contrôle de la milice, à proximité du même Camp Commando, situé près d’un accès principal à Koumassi. [173] En fin d’après-midi ce jour-là, un résident qui habitait à moins de 100 mètres de ce poste de contrôle a raconté à Human Rights Watch qu’il s’était discrètement approché du site et avait filmé 24 cadavres gisant dans la rue. [174] De nombreux témoins ont raconté qu’au bout de quelques jours, il y avait des zones entièrement noircies le long de la route où la milice avait brûlé des corps.
Yopougon
En tant que base de longue date de la milice de Gbagbo et zone du combat final dans la lutte pour Abidjan, le quartier de Yopougon a été le site de meurtres particulièrement violents contre des groupes présumés pro-Ouattara. De nombreux homicides ont été commis dans les jours qui ont suivi l’arrestation de Gbagbo tandis que les miliciens cherchaient ouvertement à se venger.
Dans le quartier de Mami-Faitai, une section en grande partie musulmane de Yopougon, Human Rights Watch a vu ce qui semblait être huit fosses communes. Selon des personnes qui ont participé aux inhumations, chaque fosse contenait entre 2 et 18 cadavres. [175] Au moins 46 personnes ont été tuées dans cette zone entre les 11 et 13 avril. Les habitants de Mami-Faitai avaient créé un poste de contrôle à l’entrée de leur quartier où, selon plusieurs résidents, des jeunes non armés signalaient si des attaquants arrivaient en frappant sur des casseroles. Les résidents ont décrit comment sept attaquants en uniformes de la BAE (l’unité anti-émeute) ont fait une descente sur le point de contrôle peu après minuit le 11 avril et ont tué 18 personnes. Un rescapé qui a feint d’être mort après avoir reçu une balle a déclaré à Human Rights Watch :
Quand ils nous sont tombés dessus, ils ont crié : « Couchez-vous tous par terre. » Comme ils avaient des kalaches, chacun d’entre eux, nous n’avions pas le choix. Nous étions 18 couchés par terre, 16 ont été tués. Ils ont pris nos portables ; l’un d’eux a dit : « Maintenant, vous ne pourrez plus appeler l’ONUCI [les Casques bleus]. » Ils ont demandé nos noms ; les deux premiers étaient Ibrahima et Boubakar. Ils ont chargé leurs armes et l’un d’eux a dit : « C’est vous qui avez attrapé le Président Gbagbo, vous allez payer. Nous allons creuser une fosse commune dans votre quartier aujourd’hui. » J’étais le leader du groupe, alors j’ai dit : « Nous sommes des jeunes du quartier ; nous ne sommes pas armés. Nous ne sommes pas des rebelles, nous ne sommes pas des politiciens, nous ne faisons que protéger notre quartier, nos femmes. »
L’un d’eux a mis son pied sur moi et m’a tiré dans le dos [blessure constatée par HRW]. Mais il ne m’a pas tué. Je suis resté là en faisant le mort, en espérant qu’ils ne s’en aperçoivent pas et me tirent dessus de nouveau. Il m’a donné des coups de pied, et je n’ai pas réagi. […] Après un deuxième coup de pied, il est passé à la personne suivante. Tous les sept tiraient à ce moment-là—nous tuant l’un après l’autre. […] Quand les gens de notre quartier ont entendu les coups de feu, beaucoup d’entre eux sont venus nous défendre. Mais les gars de Gbagbo ont tiré pour repousser la foule. Deux autres corps ont été retrouvés près de la mosquée voisine, des gens qui avaient essayé de venir nous aider. [176]
Un homme de 65 ans qui vivait dans le même quartier a perdu cinq fils quand des miliciens se sont introduits en grimpant dans sa résidence aux alentours de 9 heures du matin le 12 avril. Voici ce qu’il a raconté :
Ils allaient de maison en maison pour tuer. Ils étaient plus de 10 à avoir sauté la clôture pour pénétrer dans ma résidence. La plupart étaient en civil—tout en noir, quelques-uns d’entre eux dissimulant leur visage avec du charbon—mais d’autres portaient des pantalons militaires. Tous avaient des kalaches. Ils ont cassé la première porte, derrière laquelle trois de mes fils se cachaient. J’étais à l’intérieur de la porte principale, celle en métal, c’est ce qui m’a sauvé. Ils ne pouvaient pas la faire tomber comme les deux portes en bois à l’extérieur dans la cour. Ils ont tiré avec leurs armes après avoir sauté par-dessus la clôture ; nous avons tous entendu et avons couru pour écouter et regarder à travers un trou dans la porte. Je les ai regardés sortir trois de mes garçons de la première pièce. Ils les ont forcés à s’allonger à plat-ventre dans la salle ici, et puis ils leur ont tiré dessus à bout portant. D’abord, ils ont pris tous leurs objets de valeur, puis l’un d’eux a ouvert le feu, « pop-pop », sur chacun de mes fils. Ils ont exigé de l’argent, et mes fils le leur ont donné ; ils ont demandé des vêtements, mes fils les leur ont donnés ; ils ont exigé la télévision, les portables. Tout leur a été donné et pourtant, les miliciens les ont tués. Ils criaient que nous, les Dioulas, étions les rebelles qui avions pris le contrôle du pays. Un autre a dit : « Ce sont vos frères qui ont capturé Gbagbo hier. » Ils ont pillé cette chambre, puis ils se sont rendus à la deuxième porte, où deux de mes garçons dormaient. Ils ont également défoncé cette porte. Ils ont immédiatement tiré sur l’un d’eux qui se tenait debout, directement dans la poitrine. L’un des assaillants a alors dit : « Nous nous sommes occupés de quatre d’entre eux, ça suffit, allons-y. » Mais un autre a dit non. Le cinquième fils se cachait sous son lit. Ils l’ont sorti et lui ont tiré dessus. Plusieurs sont restés pendant plus d’une heure, tandis que les autres ont poursuivi leurs tueries ailleurs. L’un d’eux a ouvert le frigo et, avec les cinq corps sur le sol, a sorti du couscous, du bissap [jus], et a mangé juste là. Des miettes sont restées sur le sol juste à côté des corps. Vers 14 heures, nous avons arrêté d’entendre les tirs et nous sommes sortis. Quand j’ai vu les corps, j’étais sous le choc, je ne pouvais même pas pleurer. Nous avons marché à travers le sang pour sortir de l’enceinte, les cinq corps simplement couchés là. Les impacts de balles avaient pénétré dans le sol en béton. Nous n’avons pas pu prendre le temps de les enterrer, car nous ne savions pas quand la milice reviendrait. Quand nous sommes revenus, nous avons été informés par quelques personnes qui s’étaient cachées dans le quartier que les miliciens avaient emballé les corps ensemble, puis y avaient mis le feu. Des traces de brûlure ont été trouvées devant notre enceinte. Nous avons trouvé des restes d’os, mais rien de plus. [177]
Dans le sous-quartier de Doukouré, à Yopougon, les corps de 29 personnes reposent dans une fosse commune unique provenant de la tuerie du 12 avril, selon plusieurs habitants qui ont aidé à enterrer les corps le 13 avril. [178] Au moins sept autres fosses communes contenant de 1 à 12 corps se trouvent à proximité dans le même parking poussiéreux de la mosquée de quartier, selon des personnes qui ont aidé à les enterrer. [179] Alors qu’ils allaient de maison en maison en tuant, les miliciens ont également violé des femmes, dont une de 23 ans :
Vers 14h30, les miliciens ont frappé à la porte de la cour. Avant même que l’on ne puisse venir l’ouvrir, ils l’avaient brisée. Mon mari a levé les mains. Ils ont demandé son ethnie, sa carte d’identité. Il a répondu : « Je suis dioula » et ils ont dit : « Ah, c’est vous qui soutenez Alassane. » Il n’a pas répondu, mais quand ils ont saisi ses papiers d’identité, ils lui ont tiré dans le bras, puis dans les côtes. Ensuite ils ont dit aux femmes d’ôter leurs vêtements et de se coucher sinon ils nous tireraient dessus. J’ai demandé pardon, mais l’un d’eux a appelé les autres qui étaient restés dehors pour qu’ils entrent. Tout d’abord, cinq de plus sont entrés, puis l’un d’eux est sorti pour en appeler d’autres, et trois autres sont arrivés. Ils avaient tous des armes. Les premiers qui sont entrés portaient des treillis militaires et une kalache. Les autres étaient en civil et avaient des couteaux et des machettes. Il y avait trois femmes dans les chambres qui donnent sur la cour, et ils nous ont violées toutes les trois. Un milicien a violé chacune des femmes. Ils nous ont forcées à nous tourner et nous ont violées. Après avoir fini, ils ont pris tout ce qui nous appartenait, et ne nous ont rien laissé. [180]
Human Rights Watch a documenté 21 viols commis par les forces pro-Gbagbo à Doukouré et Mami-Faitai dans la semaine suivant l’arrestation de Laurent Gbagbo. Au moins neuf, comme celui relaté ci-dessus, ont été perpétrés durant les attaques du 12 avril. Les viols ont continué les jours suivants alors que des femmes tentaient de rentrer chez elles pour se procurer des affaires essentielles pour leurs familles qui se tenaient cachées.
Les meurtres commis dans les zones contrôlées par les milices se sont poursuivis jusque dans les derniers jours de la bataille de Yopougon. Le 25 avril, les milices pro-Gbagbo ont profité d’un bref mouvement des Forces républicaines hors de Yopougon Andokoi pour mettre en place un barrage routier. Deux frères maliens sont entrés dans le quartier aux environs de midi, en pensant qu’il n’y avait pas de danger, et ont été arrêtés au poste de contrôle des milices. Le frère aîné, interrogé par Human Rights Watch, s’est échappé mais s’est retourné pour voir que son frère de 26 ans avait été arrêté. Une fois que les Forces républicaines ont repris le contrôle de la zone cette nuit-là, le frère aîné est revenu pour trouver le corps à demi carbonisé de son frère empilé à côté de cinq autres victimes, qui avait également été brûlées au point d’être presque méconnaissables. [181] Le 27 avril, le sous-quartier de Locodjoro, l’une des dernières zones à tomber aux mains des Forces républicaines, a été complètement brûlé par les miliciens en fuite. Ils ont détruit des centaines de maisons et, selon des témoins, arrêté, ligoté et exécuté deux Maliens. L’un d’eux était en chemin vers la zone pour sauver sa mère qui avait été dans l’incapacité de fuir les violences antérieures. [182]
Les résidents de Yopougon des deux partis politiques ont déclaré qu’ils avaient vu quelques chefs de milice bien connus à l’intérieur et aux environs des sous-quartiers de Yopougon où un grand nombre de meurtres ont été commis. Les témoins ont décrit à plusieurs reprises avoir vu le chef de milice Bah Dora dans la zone de Toit Rouge. Des témoins ont également décrit la participation des membres de la milice sous le commandement de Bah dans les multiples meurtres de civils d’appartenance présumée à des groupes pro-Ouattara. [183] Plusieurs résidents du quartier ont déclaré à Human Rights Watch que Bah avait été capturé par les Forces républicaines et était détenu au 19ème arrondissement. [184] Deux témoins ont également indiqué avoir vu Maho Glofiei, chef de longue date d’une milice de la région de l’extrême ouest de la Côte d’Ivoire, à Yopougon juste avant l’arrestation de Gbagbo. [185]
Offensive militaire des Forces républicaines
Le 17 mars, Alassane Ouattara a signé un décret portant création des Forces républicaines de Côte d’Ivoire, qui constituent les forces armées « officielles » du pays. Les Forces républicaines étaient composées de combattants des Forces nouvelles ainsi que de membres de l’armée nationale et des forces de sécurité qui avaient rallié le camp d’Alassane Ouattara. [186] Le décret a été promulgué près de trois semaines après que les Forces nouvelles, sous le commandement du Premier ministre d’Alassane Ouattara, Guillaume Soro, avaient lancé une offensive à Zouan-Hounien, une ville à la frontière libérienne. Le 29 mars, après un mois d’intenses combats essentiellement avec des miliciens et des mercenaires pro-Gbagbo, les nouvelles Forces républicaines ont pris le contrôle de l’Ouest. Dans les deux jours qui ont suivi, les villes sont tombées dans le sud, le centre et l’est de la Côte d’Ivoire, les unes après les autres, des brèches s’ouvrant sur les trois fronts. Le 31 mars, les Forces républicaines convergeaient vers Abidjan et entamaient des combats qui allaient se conclure par l’arrestation de Laurent Gbagbo le 11 avril. Les combats se sont cependant poursuivis jusqu’à la première semaine du mois de mai, les miliciens pro-Gbagbo continuant le combat dans leur bastion du quartier de Yopougon.
Avant leur offensive militaire dans l’extrême ouest du pays, les éléments armés fidèles à Alassane Ouattara ont été peu impliqués dans des exactions graves. Cependant, une fois le conflit armé lancé, les soldats ont systématiquement pris pour cible des civils suspectés d’être des partisans de Laurent Gbagbo à chaque fois qu’ils rencontraient une résistance acharnée essentiellement dans l’Ouest et à Abidjan. Si les hommes et les jeunes étaient particulièrement visés pour leur affiliation présumée avec les milices, des personnes âgées, des femmes et des enfants ont également été tués. Au total, des centaines de victimes ont été exécutées après avoir été prises pour cible selon des critères ethniques, et des dizaines de femmes ont été violées. Parfois, des hauts gradés des Forces républicaines ont été impliqués dans ces exactions, soit directement, soit au titre de leur responsabilité de commandement.
Meurtres, viols et pillages dans l’extrême ouest du pays
Les affrontements armés entre les forces pro-Ouattara et pro-Gbagbo ont débuté le 25 février autour de la ville de Zouan-Hounien, dans l’ouest du pays. Après s’être emparées rapidement de Zouan-Hounien et de Bin-Houyé le long de la frontière libérienne, les Forces républicaines ont fait face à une plus grande résistance à Toulepleu, Doké, Bloléquin et Duékoué. [187] Le 10 mars, Soro a proclamé le commandant Fofana Losséni chef de la « pacification de l’ouest du pays » pour les Forces républicaines, avec pour mandat de « protéger les populations au nom du gouvernement Ouattara ». [188] Des témoins et des journalistes ivoiriens ont également identifié le capitaine Eddie Médi comme étant le chef de l’offensive militaire menée de Zouan-Hounien à Guiglo. [189]
Alors que les combats faisaient rage pendant tout le mois de mars, les Forces républicaines ont systématiquement pris pour cible les civils présumés pro-Gbagbo. Les visites effectuées par Soro aux Forces républicaines à Toulepleu les 9 et 10 mars ne semblent pas avoir réduit le nombre de leurs exactions.
Human Rights Watch a recueilli des informations sur les meurtres de civils commis par les forces pro-Ouattara dans une dizaine de villages au moins autour de Toulepleu et Bloléquin, notamment des exécutions à bout portant, des actes de mutilation et des immolations. Bien que la majorité des habitants guérés de la région aient fui en prévision de l’attaque menée par les Forces républicaines, ceux qui sont restés ont été soumis à un châtiment collectif pour le soutien présumé de leur groupe à Gbagbo. La commission d’enquête internationale a par ailleurs découvert qu’« à leur arrivée dans les villes, les FRCI et leurs alliés ont également commis de nombreuses exactions contre les populations jugés [sic] favorables à l’ex président Gbagbo […] ». [190]
Un Guéré de 57 ans originaire de Zoguiné, village situé entre Toulepleu et le poste-frontière officiel ivoiro-libérien tout proche, a expliqué à Human Rights Watch que les Forces républicaines avaient tué un agriculteur qui rentrait chez lui à pied, brûlé vive sa mère et détruit son village :
Les rebelles [191] sont arrivés dans mon village le lundi 7 mars, à 10 heures du matin. Les femmes du village avaient déjà fui dès qu’elles avaient appris que Toulepleu avait été attaquée. Mais ma mère est restée parce qu’elle n’était pas capable de s’enfuir, et puis il y avait 14 hommes qui sont restés aussi. La plupart d’entre nous étions au village mais l’un de nous était dans ses champs en dehors du village. Sept rebelles sont arrivés. Lorsqu’on a entendu les coups de feu, on s’est tous enfuis dans la brousse. Mais l’homme qui était dans sa plantation ne savait pas qu’ils étaient arrivés. Il est revenu chez lui et à ce moment-là, ils lui ont tiré dessus et l’ont touché au genou, ce qui fait qu’il ne pouvait plus marcher. Ils étaient tous en tenue militaire et portaient des foulards blancs sur la tête. Certains s’étaient barbouillés le visage avec du charbon ; d’autres s’étaient mis de la peinture rouge. Les autres, on était tous cachés dans la brousse et on regardait tout à une distance de 100, peut-être 200 mètres. Ils lui ont tiré dans le genou avec une kalache à environ 10-20 mètres. Ils se sont dirigés vers lui après ce premier coup de feu et l’ont mis en joue avec leurs fusils. Puis [notre voisin] nous a crié : « Sortez de la brousse ! Ce ne sont pas les rebelles qui sont venus. Ce sont nos protecteurs [les troupes pro-Gbagbo]. » Ils ont essayé de nous piéger. Mais on pouvait les voir, on pouvait les voir avec leurs fusils pointés sur lui. Donc on n’a pas bougé. Après deux minutes, ils ont dû se rendre compte qu’on n’allait pas revenir. Ils ont mis le feu à sa maison, et puis ils l’ont attrapé à plusieurs et l’ont traîné par terre. Ils ont dû le traîner sur 85 mètres, l’emmenant vers la route principale qui traverse le village. Ensuite, ils l’ont abattu à bout portant et l’ont éventré avec un long couteau. Ils ont laissé son corps là. Puis ils sont retournés au village et ont commencé à rentrer dans toutes les maisons. Ils ont fouillé celles situées près de la route et ont emporté toutes les choses de valeur. Ils ont mis le feu aux maisons qui avaient un toit de paille. Ma mère était âgée et malade et ne pouvait pas quitter son lit. Ils ont brûlé sa maison avec elle encore à l’intérieur. J’ai trouvé son corps carbonisé plus tard, après leur départ. Je les ai regardés brûler ma maison après avoir tout volé. Comme ils étaient venus au village à pied, ils ont amassé tous les objets le long de la route principale. Puis ils ont appelé leurs compagnons, qui sont arrivés dans un camion-cargo militaire pour tout emporter. Ils ont pris des téléviseurs, des radios, toutes les choses sur lesquelles ils ont pu mettre la main. Ils ont massacré tous nos animaux—en ouvrant simplement le feu sur eux avec leurs kalaches—avant de monter dans le camion. [192]
Dans quelques villes et villages, les Forces républicaines sont arrivées plus tôt que prévu, avant que la plupart des habitants n’aient pu fuir, et elles ont ouvert le feu alors que la population en panique cherchait à se réfugier dans la brousse avoisinante. Human Rights Watch a recueilli des informations sur des dizaines de meurtres survenus dans ces circonstances à Toulepleu, Diboké, Doké et Bloléquin.
Des témoins ont déclaré que les Forces républicaines allaient souvent de maison en maison après s’être emparées d’un village, tuant bon nombre de ceux qui étaient restés. Une habitante de Diboké âgée de 23 ans a déclaré à Human Rights Watch que des combattants des Forces républicaines étaient entrés chez elle et avaient tué sa mère, son père et son frère cadet. Elle s’était échappée par une fenêtre, trouvant finalement refuge au Libéria. [193] Une femme de 25 ans de Bloléquin s’est cachée sous son lit lorsque les forces pro-Ouattara ont pénétré chez elles et ont tué sa s œ ur âgée de 20 ans. [194] Dans au moins quatre cas sur lesquels Human Rights Watch a recueilli des informations, les victimes ont eu des parties de leurs bras tranchés et ont ensuite été éventrées à l’aide de longs couteaux—deux alors qu’elles étaient encore vivantes, deux autres après avoir été abattues. [195]
Après avoir commis ces actes dans plusieurs villes et villages, certains soldats des Forces républicaines se sont déployés à pied sur les pistes dans des zones où les habitants travaillent dans leurs plantations de cacao—tuant d’autres personnes qui croyaient avoir trouvé refuge dans un endroit sûr. Une femme de 47 ans a décrit à Human Rights Watch ce qui s’est produit dans l’une de ces circonstances :
Lorsqu’on a appris que les rebelles arrivaient, ma famille a trouvé refuge dans notre campement [petite plantation de cacao]. C’est à deux kilomètres à l’extérieur de Doké, sur une piste seulement accessible à pied ou à moto. On pensait qu’on y serait en sécurité, même s’il y avait des combats en ville. Le 16 mars, j’étais avec mon père, mon mari et mon fils de 10 ans. Ma s œ ur et ses enfants étaient là aussi. On était en train de préparer à manger lorsque deux rebelles sont tombés sur nous dans la brousse. L’un d’eux portait un treillis militaire complet avec un foulard blanc ; l’autre portait un pantalon militaire et un tee-shirt noir. Peut-être avaient-ils vu le feu et c’est comme cela qu’ils nous ont trouvés.
C’est moi qu’ils ont vue en premier lieu et ils ont tiré sur moi à 20 ou 30 mètres de distance. Je suis tombée par terre et j’ai fait semblant d’être morte. Ils ne m’avaient pas touchée. Puis ils ont vu les autres et se sont dirigés vers eux. Ils ont à nouveau ouvert le feu et ils ont tué ma famille—mon fils, mon mari et mon père, ils ont tous été tués. Ils tiraient avec des grands fusils, des fusils qui tiraient vite, du genre « boom-boom-boom ». Je gisais là par terre, j’ai vu quand mon fils s’est écroulé, mort, mais je ne pouvais pas pleurer. Si j’avais pleuré, ils auraient su que j’étais encore vivante et ils m’auraient tuée. Mais pourquoi suis-je encore vivante ? Ils ont pris mon fils, mon mari et mon père. Je n’ai plus rien. Je ne suis plus en vie de toute façon. […] Ils sont partis et après un petit temps, je me suis levée et j’ai regardé les corps. Du sang avait coulé par terre, mais aucun d’eux ne bougeait encore. Mon fils avait reçu deux balles, l’une dans la poitrine, l’autre dans le ventre. Je l’ai pris dans mes bras et j’ai pleuré en silence. [196]
Des témoins ont expliqué qu’après avoir tué sommairement les civils guérés trouvés dans un village, les Forces républicaines se livraient souvent au pillage avant de mettre le feu aux maisons. Human Rights Watch a recueilli des informations sur l’incendie partiel d’au moins 10 villages guérés autour de Toulepleu et de Bloléquin. Plusieurs témoins ont signalé à Human Rights Watch qu’alors qu’ils étaient cachés dans la brousse, ils avaient vu les forces pro-Ouattara aller jusqu’à mettre le feu aux bâtiments servant à stocker le riz et les semences de riz. [197]
Exécutions sommaires de civils détenus, essentiellement des personnes âgées
Lorsque les Forces républicaines déferlaient sur un village, les personnes âgées ou malades, ainsi que leurs proches qui refusaient d’abandonner les êtres chers incapables de fuir, sont souvent restés dans leurs maisons. Dans plusieurs cas au moins, les Forces républicaines ont enfermé ces personnes dans une ou plusieurs maisons du village et les ont tuées dans les jours qui ont suivi. Human Rights Watch a recueilli des informations sur les meurtres d’une trentaine de Guérés qui n’avaient pas été en mesure de fuir avec leurs familles ; dans la vaste majorité des cas, les Forces républicaines ont abattu les victimes âgées à bout portant. Des dizaines d’autres réfugiés interrogés par Human Rights Watch ont déclaré avoir laissé derrière eux des parents trop âgés dans d’autres villages autour de Toulepleu et de Bloléquin, ce qui semble indiquer que ce bilan meurtrier pourrait s’avérer plus lourd encore.
Une femme guéré de 21 ans originaire d’un village proche de Toulepleu a confié que début mars, elle, sa famille et cinq autres habitants avaient été maintenus en détention. Elle a été violée, son mari a été tué pour avoir essayé de la défendre, et d’autres ont été exécutés :
Le village a été attaqué par des rebelles [aux alentours du 7 mars]. Les loyalistes [troupes pro-Gbagbo] étaient restés dans le village pendant un certain temps avant, mais ils avaient fui juste avant l’arrivée des rebelles. Mon mari, mes deux enfants et moi nous sommes cachés chez nous. Les rebelles nous ont trouvés et nous ont emmenés dans la maison du chef du village, où nous avons été détenus pendant une semaine environ, avec cinq autres villageois, dont deux femmes. Chaque jour, ils prenaient quelqu’un et l’abattaient devant la maison. Les rebelles entraient, emmenaient la personne dehors, et puis un coup de feu retentissait et la personne ne revenait plus jamais. Le cinquième jour, j’ai été violée dans la maison par l’un des rebelles. Il m’a violée sous les yeux de mes enfants. Lorsque mon mari a tenté de me défendre, ils l’ont emmené dehors, ont tiré un coup de feu, et il n’est jamais revenu. [198]
Une femme de 67 ans originaire de Doké, où des combats entre les forces de Ouattara et celles de Gbagbo ont eu lieu le 13 mars, a fourni à Human Rights Watch une description analogue de l’exécution de 20 civils guérés, en majorité des hommes et femmes âgés :
J’ai été réveillée par des coups de feu le premier jour où ils ont attaqué Doké. J’étais chez moi, et quand j’ai entendu les tirs, je suis sortie en courant. Les rebelles m’ont immédiatement capturée. Certains portaient des treillis militaires ; d’autres étaient en tee-shirt et en pantalon militaire. Il y avait des camions-cargo militaires et des 4x4 autour de la ville. Six d’entre eux nous ont attrapées, moi et quatre autres personnes. Ils nous ont enfermées dans l’une des plus grandes maisons du village. Alors qu’ils nous mettaient là, l’un d’eux a dit : « On n’est pas venus ici pour vous. On n’est pas venus ici pour vous tuer. » […] Le deuxième jour, ils ont amené d’autres personnes dans la maison. Certaines étaient du village, pour la plupart d’autres personnes âgées ou malades qui ne pouvaient pas fuir. Et puis, il y a eu d’autres personnes comme nous qu’ils ont amenées des villages voisins. Au total nous étions plus de 30, peut-être même plus de 40. Nous avions tous plus de 45 ans. […] Quel combat leur a-t-on livré ? C’est ce jour-là qu’ils ont commencé à tuer. Les rebelles ont traîné les gens hors de la maison et puis les ont exécutés juste devant. Je pouvais regarder dehors et j’ai tout vu. J’étais tellement surprise la première fois, on a tous pleuré, sachant alors qu’on allait mourir. Ils ont saisi un vieil homme — ils étaient trois à être entrés — , l’ont traîné dehors, lui ont dit de s’éloigner en marchant, puis ils l’ont abattu à deux-trois mètres de distance. Son corps s’est simplement écroulé sur le sol. Puis ils sont rentrés et ont saisi quelqu’un d’autre. Ce jour-là, ils ont tué le chef de notre village. […] Au total, ils ont tué plus de 20 personnes détenues, plusieurs personnes chaque jour. Après trois jours d’exécutions, ils ont rassemblé quelques cadavres et les ont brûlés. L’odeur était épouvantable à cause de tous les corps en décomposition devant la maison. […] Ils m’avaient frappée sur le pied avec une kalache le premier jour, et mon pied était vraiment enflammé. Un jeune rebelle est venu me trouver à cause de ma blessure et m’a dit que je devais aller dans la brousse ramasser du bois pour cuisiner pour eux plus tard. Il a dit à son ami que je ne pouvais pas m’enfuir vu que mon pied était très enflammé. Ils ne se rendaient pas compte que j’étais encore forte, que je savais que si je restais, je serais tuée. Donc quand je suis allée dans la brousse pour chercher du bois, j’ai pris la fuite. Je suis restée dans la brousse pendant deux semaines. […] Je ne sais toujours pas où se trouvent mon mari et mes enfants. [199]
Un homme de 84 ans détenu dans une autre maison de Doké avec six autres Guérés a expliqué que le cinquième jour de leur captivité, des soldats en uniforme des Forces républicaines ont verrouillé la maison dans laquelle ils étaient détenus et qui ne comptait qu’une seule pièce, ouvrant ensuite le feu à travers les murs. Cinq des sept captifs sont morts immédiatement, tous avaient plus de 50 ans, et le témoin a eu trois blessures par balle à la jambe gauche. [200] Les forces pro-Ouattara ont quitté le village—qui a été repris brièvement le jour même sans coup férir par les forces pro-Gbagbo—, permettant à l’homme de s’échapper avec l’autre survivant. Ils ont trouvé une voiture qui les a emmenés à Guiglo, où la Croix-Rouge les a soignés. Menacé par une autre attaque imminente des Forces républicaines à Guiglo, l’homme de 84 ans a parcouru pendant deux semaines plus de 100 kilomètres à pied pour rejoindre le Libéria et trouver refuge dans un village libérien. [201]
Viols et autres violences sexuelles
Human Rights Watch a recueilli des informations sur 23 cas de viol et autres violences sexuelles commis par les Forces républicaines lors de leur progression dans l’extrême ouest du pays. Toutes les victimes étaient guérés. Dans plusieurs cas, les agresseurs ont fait allusion à l’origine ethnique de la victime avant ou pendant le viol. Des informations dignes de foi émanant d’organisations humanitaires travaillant le long de la frontière ivoiro-libérienne semblent indiquer qu’il existe des dizaines d’autres cas analogues.
Dans quelques cas, les combattants ont capturé des femmes et des filles lors de l’attaque initiale d’un village, les ont forcées à aller dans la brousse avoisinante et les ont violées. Une femme de 31 ans originaire de Bohobli, un village proche de Toulepleu, avait décidé de ne pas s’enfuir lors de l’avancée des forces d’Alassane Ouattara car sa grand-mère ne pouvait pas partir et elle-même était handicapée du pied. Elle a confié à Human Rights Watch que trois hommes armés étaient entrés chez elle. Un combattant a tué la grand-mère à coups de machette, tandis que les deux autres ont traîné la femme dans la brousse, où ils l’ont violée. [202]
Dans la majorité des cas documentés, les combattants ont enfermé les femmes dans des maisons pendant un ou plusieurs jours, commettant des viols collectifs répétés avant de partir pour la ville ou le village voisin. Aux alentours du 7 ou 8 mars, les Forces républicaines sont passées par Basobli, à une dizaine de kilomètres de Toulepleu en direction de la frontière libérienne. Bien que la plupart des habitants aient fui dès qu’ils ont appris la chute de Toulepleu, une femme de 25 ans qui s’est entretenue avec Human Rights Watch est restée au village pour veiller sur ses jeunes frères et soeurs :
Des rebelles armés sont arrivés au village. Sept d’entre eux ont investi la maison familiale et m’ont gardée prisonnière pendant deux nuits avec trois frères et s œ urs plus jeunes et une cousine. Trois des sept hommes m’ont violée dans la maison à de multiples reprises les deux nuits. Les rebelles étaient toujours là, mais pendant la journée, j’étais autorisée à circuler dans le village. Trois autres femmes du village étaient détenues chez elles ; je parlais avec elles pendant la journée, et les femmes m’ont dit qu’elles étaient violées aussi. Lorsque nous nous sommes parlé le troisième jour, nous avons décidé de fuir. Je suis allée chercher ma famille et dès que la chance s’est présentée, nous nous sommes enfuis dans la brousse. [203]
Après que les forces pro-Ouattara avaient pris Bloléquin le 20 mars, elles ont également enfermé les hommes et les femmes qu’elles avaient capturés pendant les combats et qui étaient dans l’impossibilité de fuir. Dans une villa située non loin de la préfecture où étaient installés plusieurs commandants des Forces républicaines, des combattants ont violé à plusieurs reprises huit jeunes femmes guérés, dont plusieurs filles, comme l’a décrit un homme détenu avec elles :
On m’a emmené dans une maison de Bloléquin en même temps que 15 autres prisonniers. C’était une très grande villa en ville. Les chefs militaires des FAFN [Forces nouvelles] étaient installés dans le bâtiment de la préfecture en ville, mais un autre groupe FAFN avait réquisitionné cette maison qui n’était pas trop éloignée. Ils nous ont gardés prisonniers là. Sur les 16, huit étaient des femmes—dont quelques filles de 14, 15 ans. On était tous guérés. […] Pendant la nuit, ils sont venus et ont saisi les femmes, qui criaient et imploraient les soldats de ne pas les toucher. Tous les FAFN qui étaient là avaient la même idée en tête, violer les femmes, surtout les plus jeunes. La première fois, trois des soldats sont venus en même temps et l’un d’eux a dit alors qu’il empoignait une fille : « Vos maris guérés voulaient la guerre avec nous, eh bien nous allons leur donner la guerre. » Ils se sont même battus entre eux, devant nous, pour savoir qui pourrait être avec telle ou telle fille. Toute la nuit ils ont emmené les filles—un ou deux FAFN en attrapaient une, emmenaient la fille dans une pièce de l’autre côté du couloir, ou en bas—et puis, ils la violaient. J’ai écouté les cris toute la nuit ; je n’ai pas dormi, aucun d’entre nous n’a dormi. Puis ils ramenaient les filles, et c’était au tour d’un autre FAFN. On était tous enfermés dans la même pièce, et les filles revenaient et nous disaient que les soldats les avaient violées à maintes reprises. Elles ont dit que les soldats appuyaient la pointe d’un fusil ou une machette contre leur cou, leur disaient de se déshabiller et puis les violaient. [204]
Les crimes susmentionnés—meurtres à l’arrivée des Forces républicaines dans les villages, exécutions de vieillards incapables de fuir, violences sexuelles et destruction de villages par le feu—semblent avoir été essentiellement commis par les forces sous le commandement direct du capitaine Eddie Médi (voir l’encart ci-après pour plus d’informations à son sujet). [205] Ancien commandant des Forces nouvelles à Danané, Eddie Médi a dirigé ses forces de Zouan-Hounien vers Toulepleu, puis de Bloléquin vers Guiglo au cours de l’offensive du mois de mars. [206] Les forces d’Eddie Médi ont commis à leur passage de nombreux meurtres et viols qui ont été documentés. Lors d’un entretien en date du 17 mars 2011, Dion Robert, le major général de Médi a déclaré que « le capitaine Eddie est toujours au-devant des troupes », [207] laissant supposer qu’il avait dû voir au minimum quelques-uns des crimes de guerre ayant été perpétrés. L’Associated Press a signalé que les exactions commises par les troupes de Médi se sont poursuivies au cours des mois suivants, notamment avec l’effroyable massacre de 47 Guérés près de la frontière libérienne le lendemain de l’investiture d’Alassane Ouattara. Eddie Médi a reconnu avoir envoyé ses troupes dans cette zone le jour en question, ajoutant cependant que c’était pour lutter contre les activités des mercenaires pro-Gbagbo. [208]
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Des exactions récurrentes : deux chefs des Forces républicaines qui ont commandé des troupes à l’origine de crimes graves dans le passé Capitaine Eddie Médi : Comme nous l’avons indiqué un peu plus haut, Eddie Médi a commandé dans l’extrême Ouest les forces armées qui ont assassiné, violé et brûlé des villages pour des raisons politiques et ethniques. Durant le conflit armé de 2002-2003, Eddie Médi était un commandant du Mouvement pour la justice et la paix (MJP), un groupe rebelle qui, en se joignant à deux autres groupes, a donné les Forces nouvelles. Selon un article de Nord-Sud, à partir de novembre 2002, il aurait joué un rôle actif dans « différents combats pour le contrôle des villes de l’Ouest que sont Man, Danané et Bangolo » puis « [mis] en déroute les mercenaires libériens » qui avaient commis des massacres à Bangolo. [209] Le 7 mars 2003, des mercenaires libériens pro-Gbagbo ont en effet été impliqués dans le massacre de quelque 60 habitants de Bangolo, pour la plupart des Dioulas, comme l’a documenté Human Rights Watch au moment des faits. [210] Cependant, deux semaines plus tard, le 22 mars, les forces rebelles ont commis un massacre contre des civils guérés dans le village de Dah, juste en dehors de Bangolo, dans ce qui constituait « probablement une attaque de représailles », selon le même rapport de Human Rights Watch de 2003. [211] Il n’est pas clair si Eddie Médi a été personnellement impliqué dans cette attaque, mais les informations publiées dans le quotidien Nord-Sud indiquent qu’à cette période, il était au moins le commandant du MJP dans la région de Bangolo. Un rapport d’International Crisis Group a relaté qu’en avril 2003, le MJP établi sur place avait « empêché l’accès […] pendant quatre jours » aux troupes de la MICECI (la mission de la CEDEAO en Côte d’Ivoire en 2003) envoyées pour enquêter sur le massacre. Lorsque le MJP a fini par autoriser la MICECI à entrer, il ne restait plus aucune preuve physique d’un massacre. [212] Lors d’un entretien accordé au quotidien Fraternité-Matin, Eddie Médi, alors à la tête des opérations militaires des Forces nouvelles dans la zone, [213] a été interrogé sur les accusations de massacres, de viols et d’autres actes criminels commis par ses forces. Il a répondu qu’après la fuite des forces officielles de Laurent Gbagbo, des jeunes encore armés étaient restés dans les villages et leur avaient opposé une « forte résistance », avant de poursuivre : « Il peut avoir des débordements à certains endroits. Cependant, je crois que cela est dû à la résistance qui nous a été faite. […]Les événements de Bangolo ne sont pas imputables uniquement à notre mouvement. […].Beaucoup parmi ceux qui parlent, n’ont aucune preuve que les actes qu’ils décrivent sont de nous. » [214] Les mêmes explications ont souvent été avancées par les Forces républicaines—souvent composées par les mêmes commandants—lorsqu’elles ont été accusées d’exactions similaires en 2011. Commandant Ousmane Coulibaly (communément connu sous son ancien nom de guerre « Ben Laden ») : Comme cela est évoqué plus bas dans la partie consacrée à la bataille finale pour la prise d’Abidjan, Ousmane Coulibaly était en charge des troupes basées à Yopougon, que des témoins et des victimes ont accusées à plusieurs reprises d’être impliquées dans des meurtres, des actes de torture et des détentions arbitraires. Le rapport 2009 sur les droits de l’homme du d épartement d’État des États-Unis relatif à la Côte d’Ivoire souligne que Coulibaly pourrait être impliqué au titre de ses responsabilités de commandant dans des crimes graves, soulignant que « le caporal Alpha Diabaté, proche collaborateur du commandant Ousmane Coulibaly du secteur 8 des Forces nouvelles, a été identifié comme étant l’auteur d’actes de torture sur trois éleveurs à Odienne en mai 2008. Fin 2008, les autorités des Forces nouvelles n’avaient toujours pas pris de mesure à son encontre ». [215] De plus, au début et à la mi-2003, Ousmane Coulibaly était un commandant du groupe rebelle MJP dans la ville de Man située à l’ouest du pays. Le MJP, qui a plus tard été intégré aux Forces nouvelles, entretenait des liens étroits avec Charles Taylor et les mercenaires libériens. [216] Human Rights Watch, [217] International Crisis Group, [218] la commission d’enquête internationale de 2004 [219] et Amnesty International [220] ont accusé les forces du MJP d’avoir commis de graves crimes internationaux à Man et dans les environs. Ousmane Coulibaly n’a pas été cité comme ayant ordonné ces crimes, mais il était le commandant des opérations supervisant les troupes qui ont perpétré de tels actes. [221] |
Massacre de Duékoué impliquant les Forces républicaines
Après que les Forces républicaines avaient pris le contrôle deDuékoué le 29 mars tôt le matin, elles et leurs milices alliées ont massacré des centaines d’habitants guérés dans le quartier Carrefour de la ville. Human Rights Watch a interrogé huit femmes qui ont assisté aux événements, ainsi que plusieurs personnes qui avaient aidé à compter ou à enterrer les corps dans les jours qui ont suivi le massacre. Cinq témoins ont clairement identifié des Forces républicaines parmi les attaquants, affirmant qu’ils étaient arrivés dans des camions, des 4x4 et à pied, en tenue militaire. D’autres ont expliqué avoir vu deux milices pro-Ouattara opérer en étroite collaboration avec les Forces républicaines, commettant des exactions contre la population civile : un groupe traditionnel de chasseurs et de défense civile dont les membres sont connus sous le nom de Dozos, généralement armés de fusils et identifiés par leurs vêtements traditionnels ; et un groupe de miliciens burkinabés qui vivent dans la région et sont dirigés par Amadé Ouérémi. La commission d’enquête internationale, [222] Amnesty International [223] et la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme [224] s’accordent pour désigner les soldats des Forces républicaines comme impliqués directement dans le massacre de Duékoué, aux côtés de groupes de miliciens comme les Dozos. [225]
Le quartier Carrefour est depuis longtemps un point de concentration des miliciens pro-Gbagbo et, au cours des jours précédant la prise de contrôle par les Forces républicaines, les miliciens et mercenaires se sont livrés à des meurtres de partisans d’Alassane Ouattara. Cependant, selon des témoins interrogés par Human Rights Watch, les forces pro-Ouattara y ont exécuté des hommes qui ne passaient pas pour être membres des milices, y compris des garçons et des vieillards. Selon les déclarations faites par des membres des forces pro-Ouattara pendant l’attaque, ils visaient la population du quartier en vue d’infliger un châtiment collectif aux Guérés. Une femme de 39 ans a décrit le meurtre de son mari ainsi que des dizaines d’autres meurtres, dans un récit qui en rappelle de nombreux autres :
C’est mardi matin [le 29 mars], juste après que les rebelles [pro-Ouattara] avaient pris le contrôle de Duékoué, qu’ils sont arrivés dans le quartier et ont commencé à tirer partout. Ils devaient être 500. […] Ils sont allés de maison en maison et ont fait sortir les hommes pour les tuer. Deux d’entre eux ont enfoncé ma porte et sont entrés chez moi ; ils ont forcé mon mari à sortir. Plusieurs autres portaient une torche et ont mis le feu à la maison. Je suis sortie en criant derrière eux, et ils ont abattu mon mari à bout portant avec un grand fusil. […] Les rebelles ont dit : « On est là pour tuer Gbagbo, mais parce que vous, les Guérés, avez voté Gbagbo, on va vous tuer, on va vous tuer jusqu’au dernier. » Puis les rebelles sont passés à la maison voisine, me laissant là en train de crier. Mon mari, mon beau-frère, plusieurs cousins, ils ont tous été tués par les forces d’Alassane ce jour-là. La plupart des attaquants présents dans le quartier portaient une tenue militaire—la tenue des Forces républicaines. Beaucoup avaient des foulards rouges. D’autres étaient des Dozos en vêtements traditionnels et certains étaient des jeunes Dioulas venus avec des couteaux et des machettes. Les Forces républicaines sont arrivées les premières en voiture et à pied, et puis les autres ont suivi. Ils ont tué des gens désarmés partout. J’ai vu des gens à qu’on égorgeait avec des machettes et des couteaux, d’autres qui étaient abattus. On pouvait voir les taches de sang sur la route, le sang de tous ceux qui avaient été tués. Il y avait des corps partout. On pouvait juste voir les rangées de corps de ceux qu’ils avaient fait sortir et qu’ils avaient abattus. […] La plupart des personnes tuées étaient des hommes, mais ils ont tué des garçons, comme les hommes, comme les vieillards. Je les ai vus tuer des garçons, sous mes yeux. L’un d’eux ne devait pas avoir plus de 10 ans et alors qu’ils le traînaient dehors, il m’a regardée l’air tellement effrayé et a dit : « Mama, s’il te plaît », et puis ils l’ont abattu. [226]
Une femme de Carrefour âgée de 29 ans a également confié que son mari avait été tué et que son frère de 15 ans avait été recruté de force :
Aux alentours de 8 heures du matin, ils ont commencé à attaquer le quartier Carrefour. […] Il y en avait plein, tout plein. Il y avait des Dozos, des hommes d’Amadé, des jeunes armés et en civil, et des soldats FN. On s’était cachés chez nous, mon frère, mon mari et notre bébé. Les forces sont venues et ont dit : « Les femmes, partez, les hommes, on va vous tuer », chacun a cherché à s’enfuir. On a fait de même. À 13 heures, on s’était enfuis de chez nous et on était à pied sur le bord de la route principale, près du pont. Il y avait plein de cadavres dans les rues, des forces pro-Ouattara partout au milieu du carnage. Pendant notre fuite, j’ai vu des gens qu’on abattait autour de nous avec des kalaches, mais je ne pouvais pas faire attention, j’étais trop effrayée. Un 4x4 nous a dépassés ; l’un d’eux nous a vus et ils se sont rangés sur le côté. […] Trois hommes sont descendus et ont stoppé mon mari. Ils ont dit : « On cherche des Guérés. Vous avez voté Gbagbo, on va vous tuer tous. Toi, tu es guéré. » Il a répondu : « Non, j’ai voté ADO », mais ils ont dit : « Non, tu n’as pas voté pour lui, tu es guéré, donc tu as voté Gbagbo ». En fait, on n’a pas voté. Ils ont éloigné mon mari de moi. J’avais notre bébé de six mois dans les bras. Ils scandaient : « ADO ! ADO ! Vous êtes tous des Guérés, vous qui avez voté Gbagbo ! Vous n’avez pas voté ADO, on va vous tuer tous. Vous êtes tous des Gbagbo ici. » Puis ils ont tiré dans le ventre de mon mari. Tous les trois ont tiré sur lui avec leurs kalaches, alors qu’il était juste devant eux. Ils ont regardé mon bébé de six mois et ont décidé que mon bébé ne pouvait pas leur être utile, mais mon frère de 15 ans était là. Il criait : « Pourquoi vous l’avez tué ? » Tuer mon mari n’était pas suffisant. […] Ils ont dit : « Aujourd’hui, tu vas devenir soldat. Nous allons t’emmener à Man. À Man, tu vas devenir soldat. » C’est à Man que se trouve la base des Forces nouvelles. Ils l’ont emmené de force dans le camion. Il y avait au moins six autres jeunes garçons qui attendaient dedans, dont des enfants qui n’avaient pas l’air d’avoir plus de 10 ans. Je ne les ai pas reconnus, mais c’étaient des garçons en civil, la peur transparaissait sur leur visage. J’ai entendu les garçons qui imploraient le pardon quand les hommes sont revenus, mais les soldats n’ont pas répondu. Ils ont poussé mon frère à l’intérieur avec les autres garçons et ont démarré. Je n’ai pas eu de nouvelles depuis.
Les hommes qui ont tué mon mari étaient des militaires armés de couteaux, de machettes et de kalaches. Ils portaient des gris-gris de guerriers [amulettes traditionnelles souvent portées par les combattants du Nord], des jeans et en haut une tenue de camouflage militaire. C’étaient clairement des forces pro-Ouattara ; ils chantaient « ADO ». Les FN avaient pris la ville ce jour-là, avec les Dozos et les Burkinabés qui étaient dans les rues aussi, brûlant des choses et tuant des gens, allant de maison en maison. Pas une seule maison n’a été laissée indemne à Carrefour. […] Mon appartement n’existe plus ; il a été incendié comme les autres. [227]
Un chef religieux de Duékoué qui s’est rendu dans le quartier Carrefour le 31 mars a confié à Human Rights Watch que des centaines de cadavres y gisaient encore, dont 13 dans une église appelée l’Église du Christianisme céleste. Parmi eux se trouvait le corps criblé de balles du pasteur, toujours en habits religieux. [228]
Bataille finale pour Abidjan et les semaines qui ont suivi
Le schéma d’exactions observé tout d’abord lors de l’offensive militaire des Forces républicaines dans l’Ouest s’est poursuivi lorsque celles-ci ont pris le contrôle d’Abidjan en avril et se sont lancées à la recherche d’armes et de miliciens. Des combats actifs contre les miliciens et les mercenaires pro-Gbagbo ont en effet continué bien après l’arrestation de Laurent Gbagbo le 11 avril, les dernières enclaves de Yopougon étant libérées—et les derniers groupes de miliciens ayant pris la fuite—aux alentours du 8 mai. Comme dans l’Ouest, en prenant le contrôle des zones, les Forces républicaines ont pu constater que nombre des personnes issues de leurs groupes ethniques avaient été assassinées par les miliciens de Laurent Gbagbo en fuite. Parfois lors d’opérations systématiques et organisées, parfois par simple revanche, les Forces républicaines ont entamé des représailles collectives à l’encontre de jeunes hommes appartenant à des groupes ethniques associés à Laurent Gbagbo—commettant des exécutions extrajudiciaires dans les quartiers et les sites de détention, et faisant subir à de très nombreuses personnes un traitement inhumain parfois assimilable à de la torture.
Au cours des mois suivant les enquêtes de Human Rights Watch, la division des droits de l’homme de l’ONUCI a continué à documenter des meurtres et d’autres exactions perpétrés par les Forces républicaines, notamment huit meurtres et d’autres cas de torture et de traitement inhumain entre les 17 et 23 juin [229] , ainsi que 26 exécutions extrajudiciaires et 85 cas d’arrestation et de détention arbitraires entre le 11 juillet et le 10 août. [230]
Meurtres et autres exactions commises lors de patrouilles et d’opérations de recherche
Human Rights Watch a documenté 95 meurtres commis par des soldats des Forces républicaines contre des habitants non armés lors des opérations de recherche qui ont suivi la fin de la lutte active contre les forces pro-Gbagbo . Deux meurtres ont été commis les 23 et 24 mai, après l’investiture d’Alassane Ouattara le 21 mai. La grande majorité des meurtres documentés ont été commis à Yopougon, une commune habitée par un grand nombre de partisans de Laurent Gbagbo et d’anciennes bases des groupes de miliciens. La commune de Yopougon semble avoir été prise pour cible de manière disproportionnée pour les meurtres commis en représailles alors que les Forces républicaines infligeaient une punition collective meurtrière à de jeunes hommes des groupes ethniques bété, attié, guéré et goro. De nombreux résidents ont déclaré à Human Rights Watch que les milices et les mercenaires, qui avaient pendant des mois pris pour cible et tué des groupes pro-Ouattara, avaient pour la plupart pris la fuite avant la prise de contrôle des Forces républicaines, de sorte que ceux qui étaient restés étaient des civils, présumés être des partisans de Laurent Gbagbo. Yopougon, qui compte environ un million d’habitants, est divisée en dizaines de quartiers. Bien que les Forces républicaines aient commis des violences dans tout Yopougon—et dans une moindre mesure à Koumassi et Port-Bouët—, plus de 70 des meurtres documentés par Human Rights Watch se sont produits dans les sous-quartiers de Koweit et Yaosseh.
Koweit
Koweit a été l’une des dernières zones d’Abidjan à tomber, avec des combats se terminant aux alentours du 3 mai. Dans les jours et les semaines qui ont suivi, les Forces républicaines ont procédé à des fouilles maison par maison. Les hommes de groupes pro-Gbagbo semblent avoir été la cible d’exactions. Human Rights Watch a également documenté un cas de viol. Une femme de 34 ans originaire de Yopougon Koweit a décrit comment elle a été brutalement violée par un soldat des Forces républicaines le 8 mai, et a ensuite vu les Forces républicaines tuer 18 jeunes :
Des gars en tenue militaire sont arrivés ce matin-là à 9 heures et ont dit qu’ils cherchaient des armes. Huit d’entre eux sont entrés dans ma maison. Ils ont crié : « Donnez-nous votre argent ou nous vous tuerons. C’est vous qui avez pris soin des milices ici. » Ils ont pris 50 000 francs CFA (76 euros), mon matelas, une bouteille de gaz—tout ce qui avait de la valeur. Les gars étaient grands, c’étaient des militaires des FRCI avec des tenues propres. Un chef de file incontesté parmi eux a dit : « Vous les Bétés, les Guérés, les Attiés, c’est vous qui avez fait cette guerre. Où sont les jeunes [hommes], nous allons tous les tuer. »
Ils sont allés de maison en maison et ont pillé tout ce qui avait de la valeur. Ils sont restés pendant des heures. Lorsque les marchandises ont commencé à s’accumuler, ils m’ont forcée à charger leurs voitures—des téléviseurs, des frigos. […] Je portais un gros container de gaz de cuisine sur la tête et un autre à la main. […] J’ai chargé une camionnette pick-up, une berline, puis une autre berline, toutes bourrées des objets de valeur de chacun. Ils n’ont rien laissé. Alors que je faisais mon septième voyage, leur chef, un homme grand, m’a attrapée et m’a tirée là où l’un de mes voisins dormait. […] Il m’a jetée sur un matelas et m’a dit d’ouvrir les jambes. Je lui ai dit : « Monsieur, s’il vous plaît, pas comme ça. » Je l’ai supplié de me laisser partir, mais il m’a frappée et m’a dit de me taire. Il m’a prise de force, et il m’a violée. Il m’a tenue là, en me violant, pendant plus d’une heure. Il a été violent pendant tout ce temps, quand il a eu fini je saignais entre les jambes. Tout ce temps-là, les autres membres des FRCI étaient toujours en train de piller. Ils savaient ce qu’il faisait, ils sont passés à côté. Il était bien leur chef. Je les ai entendus l’appeler commandant Téo. Après avoir fini de me [violer], il avait sa kalache [sur lui] et il a essayé de la faire pénétrer violemment en moi. J’ai fermé les jambes et l’arme a percuté ma cuisse. […] Il a ri et a dit : « Bravo » et il est sorti de la pièce.
Tandis que je finissais de charger leurs véhicules après avoir été violée, ils étaient toujours en train de fouiller maison après maison. Quelques maisons plus bas, ils ont trouvé un tas de jeunes hommes cachés. Alors que je faisais le va-et-vient à leurs voitures, j’ai vu que les hommes avaient été dépouillés et contraints de s’allonger sur ma rue. Je les ai comptés, ils étaient 18. Quelques-uns des membres des FRCI sont restés avec eux, en leur criant qu’ils étaient des membres des milices—ils ne faisaient pas partie des milices, ils étaient simplement des jeunes du quartier. Toutes les milices avaient déjà fui. […] Les soldats parlaient de ce qu’ils devaient faire des prisonniers. L’un d’eux a dit : « On n’est pas venus pour perdre du temps, nous sommes venus pour tuer » et un autre a acquiescé : « Nous ne pouvons pas perdre de temps, nous n’avons pas de place pour les prendre, finissons le travail et partons. » Puis ils ont ouvert le feu—les jeunes étaient couchés sur le sol, nus sauf leurs sous-vêtements. Ils les ont arrosés de tirs, les tuant tous là. Puis ils sont repartis. […] Je ne pouvais plus rester là. Alors que je sortais de Koweit, il y avait des corps partout. J’en ai vu des dizaines. Je suis tombée sur un vieil homme et lui ai demandé si je pouvais me nettoyer dans sa maison. Peu de temps après, un autre groupe des FRCI est arrivé chez lui. L’un d’eux a dit : « Donnez-nous votre argent ou vous êtes morts. » J’ai répondu : « Ils viennent de prendre tout ce que j’ai. Je n’ai plus rien à te donner. » Il m’a giflée, mais il m’a laissée partir. Le vieil homme a remis son argent, et le groupe a pillé sa maison. [231]
Human Rights Watch a documenté six autres meurtres à Koweit commis par les Forces républicaines le même jour. Un témoin a décrit cinq hommes se faisant dépouiller, aligner et mitrailler par un soldat. Quatre victimes sont mortes instantanément ; la cinquième, touchée à la cuisse, a feint d’être morte et a rampé plus tard jusqu’à une maison voisine. Le témoin, un ami qui habitait à proximité, est allé vers lui, et l’homme a demandé de l’eau. Alors que le témoin était allé chercher de l’eau, il a entendu plusieurs coups de feu. Il a trouvé son ami mort—avec un impact de balle dans le bras qui avait laissé des fragments d’os sur le sol et un autre à la poitrine qui était ressorti par le dos de la victime. [232]
Les meurtres à Koweit ont commencé immédiatement après que les Forces républicaines ont pris le contrôle du quartier. Le 3 mai, un témoin a vu des soldats exécuter un homme de 63 ans à bout portant après l’avoir accusé de louer une chambre à un milicien pro-Gbagbo. [233] Un homme a décrit le meurtre de son frère :
Ils ont fouillé maison par maison le jour où les FRCI tentaient de prendre la Base maritime [les 4 et 5 mai]. Ils sont arrivés en 4x4, en camionnettes, en Kia, beaucoup avaient « FRCI » écrit sur le côté. Il y avait des dizaines de soldats. Ils pensaient que nous tous, les jeunes Bétés, Guérés ou Goros, étions des miliciens. Ils ont pris trois d’entre nous de la maison dans laquelle je me cachais, moi et deux de mes frères. Ils ont pris mon plus jeune frère, qui a 21 ans, et ont demandé quel était son groupe ethnique. Il a dit qu’il était bété. Deux d’entre eux ont attrapé ses jambes, deux autres lui tenaient les bras dans le dos, et un cinquième lui tenait la tête. Puis un type a sorti un couteau, a dit sa prière mystique, et a égorgé mon frère. Il hurlait. J’ai vu ses jambes trembler une fois qu’ils l’ont égorgé, le sang ruisselait sur son corps. C’était pire que tuer un animal. Je ne pouvais pas détourner le regard. C’était mon frère. Pendant qu’ils le faisaient, ils ont dit qu’ils devaient éliminer tous les Patriotes qui avaient causé tous les problèmes dans le pays.
Puis ils se sont tournés vers moi et m’ont demandé mon groupe ethnique. J’ai dit dioula, parce que je peux parler dioula. Ils savaient que je ne l’étais pas, mais c’était assez pour ne pas me tuer. Mon autre frère a eu peur ; il savait qu’il était le suivant, alors il a commencé à courir. L’un d’eux a tiré avec sa kalache; il est tombé mort immédiatement. Ils sont alors venus vers moi et m’ont dit que j’étais milicien. Ils m’ont frappé avec leurs fusils, avec leurs poings. Ils ont continué d’exiger que je dise que j’étais milicien, qu’ils ne s’arrêteraient que si je le disais. Finalement, j’ai cédé et j’ai dit que j’étais milicien. Ils m’ont chargé dans un [camion-] cargo militaire de marchandises et m’ont emmené au 16ème arrondissement (poste de police). […] [234]
Un autre témoin a dit avoir vu les Forces républicaines égorger un jeune sous les yeux de son père après avoir découvert une kalachnikov et une grenade dans sa chambre pendant une fouille de maison en maison à 4 heures du matin. Le témoin a été déshabillé et forcé de remettre son ordinateur portable, ses téléphones cellulaires et son argent. [235] Human Rights Watch a documenté les pillages similaires de dizaines de maisons à Koweit. Le témoin, comme beaucoup d’autres interrogés par Human Rights Watch, voulait fuir Abidjan pour aller dans son village familial, mais n’avait pas d’argent pour le transport puisque que les Forces républicaines avaient tout pris.
Un membre des Forces républicaines de Yopougon a déclaré à Human Rights Watch que les hommes sous le contrôle d’Ousmane Coulibaly—un ancien commandant des Forces Nouvelles dans la zone d’Odienné—avaient été responsables de l’offensive et de l’opération de « nettoyage » dans le quartier de Koweit à Yopougon. [236] Plusieurs journalistes ivoiriens et sources proches des Forces nouvelles ont également identifié Coulibaly comme étant le commandant en charge des opérations dans cette zone (pour plus d’informations sur Coulibaly, voir l’encart « Des exactions récurrentes » un peu plus haut). [237]
Yaosseh
Un commandant des Forces républicaines a déclaré à Human Rights Watch qu’après de violents combats du 12 au 19 avril, ses forces ont pris le contrôle de Yaosseh autour du 20 avril. [238] Après s’être emparés de cette zone, de nombreux soldats se sont installés dans le poste de police local — le 16ème arrondissement— qui avait autrefois abrité des miliciens pro-Gbagbo. Quelques jours plus tard, les Forces républicaines ont commencé les opérations de recherche dans Yaosseh, où de nombreux miliciens de la région avaient vécu auparavant. Onze témoins interrogés par Human Rights Watch ont décrit comment, entre les 25 et 26 avril, les soldats ont tué au moins 30 hommes non armés, principalement des jeunes de groupes ethniques pro-Gbagbo. La plupart des témoins ont indiqué que la majorité des victimes n’avaient pas été des membres actifs de la milice, qui avait fui vers le 19 avril.
Un garçon de 16 ans a vu son cousin de 25 ans se faire tuer par balle par des soldats alors que tous deux étaient assis à l’extérieur d’un centre de santé à 14 heures le 25 avril. Le témoin a été épargné en raison d’un grave problème de santé dont les soldats ont dit qu’il démontrait qu’il n’avait jamais été un milicien. [239] Une femme de 42 ans a vu les Forces républicaines tuer son jeune frère ainsi que plusieurs autres le même soir :
Ils sont arrivés à Yaosseh à environ 13 ou 14 heures ; ça tirait de partout. Cela a duré quelques heures, et puis il y a eu le calme. Quand ça a recommencé une seconde fois, j’ai décidé de partir. Tout le quartier était en fuite. Quand je suis passée par le [point de parlement des Jeunes patriotes], il y avait beaucoup de corps à l’extérieur. Je ne sais pas s’ils ont été tués au combat ou exécutés. […] Nous sommes restés à l’écart pendant plusieurs heures, mais je n’avais nulle part où dormir, alors j’ai décidé de rentrer chez moi. J’étais avec mon jeune frère. J’étais devant lui, quand j’ai entendu un coup de feu. Je me suis retournée et il avait été touché à la jambe, il était tombé par terre. Ensuite, quatre membres des FRCI sont sortis et l’ont attrapé. Ils étaient tous en tenue militaire. L’un d’eux a dit : « Égorgez-le. » Et ils l’ont fait, juste sous mes yeux. J’ai pleuré, et l’un d’eux a dit : « Madame, nous n’avons rien contre vous. C’est les miliciens que nous cherchons. » Je n’arrêtais pas de pleurer, en disant que mon frère n’était pas milicien. Puis l’un des autres a dit : « Vous êtes les femmes qui protègent les miliciens. Montrez-nous où sont les autres, ou nous allons vous tuer », et il m’a giflée et m’a ensuite montré un couteau qui était encore dégoulinant du sang de mon frère. J’ai dit que je ne connaissais pas de miliciens, je veux juste rentrer à la maison, et l’autre soldat lui a dit de me laisser.
Je me suis cachée dans la maison d’un voisin. Le 16ème arrondissement où ils étaient basés se trouve tout près. Je les ai vus arriver dans le quartier ce soir-là, en tirant. Je les ai vus tuer deux autres jeunes hommes qu’ils avaient pris cette nuit-là. Ils leur ont tiré dessus à bout portant. J’ai quitté le quartier le lendemain matin. […] Deux jours plus tard, je suis allée voir ma maison. Elle avait été complètement pillée, il ne restait rien. Ce jour-là, notre quartier a enterré quatre autres jeunes sous mes yeux. Cinq autres corps étaient éparpillés dans la rue. Je ne sais toujours pas où est mon mari. Son téléphone est fermé. Je suppose que lui aussi est mort. [240]
Un autre témoin a décrit comment les soldats sont entrés et ont ouvert le feu dans un restaurant du quartier, tuant huit hommes à l’intérieur. [241] Une femme de 34 ans a été témoin de trois autres exécutions, le 26 avril, dont celle du mari de sa s œ ur, à la suite d’un affrontement entre les Forces républicaines et des mercenaires libériens :
Quand ils sont entrés, ils ont dit : « Nous ne sommes ici que pour les garçons. » Ils étaient tous en tenue militaire. Ils étaient nombreux, des dizaines. Je pouvais voir FRCI écrit sur certaines des voitures, camionnettes et 4x4 dans lesquels ils étaient arrivés. Ils sont venus du 16ème arrondissement, qui se trouve à proximité. Je connais beaucoup de gens qui ont vu des meurtres, mais sous mes yeux, ils ont tué trois personnes—deux par balle à bout portant et une troisième, le mari de ma s œ ur, en l’égorgeant. […] Tandis qu’ils tuaient, ils disaient : « Vous qui avez tué nos proches, nous allons vous tuer aussi. » Mais ce n’étaient pas nos garçons qui sont encore là qui ont tué. Tous ces gens-là sont partis, ils se sont enfuis. […] [242]
Les résidents témoins des pillages qui étaient revenus pour trouver leurs maisons vidées de la quasi-totalité de leurs objets de valeur ont raconté que, comme à Koweit, les maisons de Yaosseh avaient été systématiquement pillées.
Les témoins ont décrit quelques cas dans lesquels des officiers supérieurs sont intervenus pour empêcher les exécutions extrajudiciaires, notamment un cas dans le quartier Gesco de Yopougon à la fin avril. Alors qu’un soldat semblait être sur le point d’exécuter un jeune qui était détenu pour son appartenance à un groupe ethnique supposé avoir soutenu Gbagbo—« parce que tous les Guérés, Bétés et Goros doivent être éliminés »—, un militaire plus haut gradé est intervenu et leur a dit de laisser les jeunes s’ils n’avaient aucune preuve qu’il s’agissait de miliciens. [243] Le plus souvent, cependant, les soldats qui se sont opposés à l’exécution de civils ont été incapables de convaincre leurs camarades qui avaient l’intention d’infliger une punition collective. Une femme de 38 ans a décrit ce qui s’est passé le 26 avril :
Mon voisin qui était un vendeur de remèdes a été tué sous mes yeux. Ils l’ont pris au piège dans sa maison et l’ont traîné dans la rue. Ils se sont un peu disputés pour savoir s’ils devaient le tuer et l’un des membres des FRCI n’était pas d’accord pour le tuer. Il a dit que le gars n’avait rien à voir avec les combats ; il n’y avait aucune raison de le tuer. Mais son camarade lui a tiré dessus d’abord aux deux bras, puis à la tête. [244]
Exécutions extrajudiciaires de détenus
Human Rights Watch a également documenté les exécutions extrajudiciaires de 54 détenus par les Forces républicaines dans trois différents lieux de détention à Yopougon—les 16ème et 37ème arrondissements et le bâtiment de la compagnie de gaz et de pétrole GESCO—ainsi que dans les quartiers de Koumassi et de Port-Bouët. Certains de ces prisonniers avaient été identifiés par des résidents locaux comme des miliciens pro-Gbagbo ayant commis des crimes contre des membres des communautés pro-Ouattara, mais les soldats semblaient dans la plupart des cas n’avoir eu aucune information impliquant les personnes exécutées dans quelque crime que ce soit.
Un membre des Forces républicaines sous le commandement de Chérif Ousmane a décrit l’exécution au début du mois de mai de 29 détenus à l’extérieur du bâtiment GESCO :
Ce qui m’a choqué, c’est que nous avons exécuté 29 personnes que nous avions arrêtées lors de notre ratissage dans le quartier Millionnaire [Yopougon]. Ce jour-là, je me souviens, le commandant Chérif [Ousmane] était très en colère parce qu’il avait perdu six hommes le même jour dans les combats contre les miliciens à Abobo Doumé [le quartier de Yopougon près de la Base maritime]. Au moment de nous replier, le chef d’unité lui a demandé par téléphone ce que nous devions faire des prisonniers, et nous avons reçu l’ordre de notre chef qui a cité le nom de Chérif : « Vous n’avez arrêté personne, je ne veux voir aucun prisonnier. » Nous les avons conduits au bâtiment GESCO et les avons exécutés à quelques mètres de là au bord de la route. Ils ont été tués par vagues de cinq par cinq et quatre par quatre. Nous les avons fusillés sans même leur bander les yeux, ils ont tout vu. Ils pleuraient et nous suppliaient de les laisser en vie, qu’ils n’avaient rien à voir avec les miliciens. Certains ont été tués par rafale mais d’autres ont été tués par des tirs de P.A. [pistolet automatique] à bout portant. Ils étaient tous des jeunes gens âgés de 30 à 40 ans et tous des civils. Je vous promets que personne ne peut décrire les crimes que ces hommes ont commis. Ils ont été arrêtés parce qu’ils nous sont apparus comme des suspects, soit des miliciens ou des gens qui renseignaient les miliciens à notre sujet. Je ne suis pas heureux de l’avoir fait, mais je n’ai fait qu’exécuter des ordres. […] Les chefs nous ont dit par la suite de ne jamais raconter cette histoire et que tous les morts civils seraient mis sur le compte des miliciens. […] J’ai tué des hommes ici à Yopougon mais c’étaient des hommes qui étaient armés et qui nous tiraient dessus. Mais quand on tire sur des hommes désarmés qui vous supplient de les laisser en vie, ça s’oublie difficilement. À Yopougon, on parle souvent de « disparus », ce sont pour la plupart des exécutions comme celles que je vous raconte. Les FRCI ont procédé à l’arrestation de beaucoup de miliciens qu’ils ont ensuite exécutés. Les Forces républicaines ont également creusé des fosses communes pour enterrer certains cadavres pendant la nuit. Il y a eu trop de morts de civils et de militaires ici à Yopougon. [245]
Deux anciens détenus au 16ème arrondissement ont également décrit l’exécution d’au moins quatre jeunes hommes au cours de la première nuit de leur détention, autour du 5 mai. [246] Un homme de 25 ans, qui avait été arrêté après avoir fui les combats à Koweit, a déclaré :
Alors que nous sortions de la brousse sur la route principale, il y avait cinq membres des FRCI qui attendaient. L’un d’eux avait un RPG [une grenade propulsée par lance-roquettes] qu’il a pointé sur nous, et il nous a dit de ne pas bouger, de nous coucher par terre immédiatement. Nous nous sommes tous couchés. Cela s’est produit vers 14 ou 15 heures. Ils nous ont forcés à marcher jusqu’au 16ème arrondissement. Quelques-uns portaient un tee-shirt FRCI avec un pantalon militaire ; d’autres étaient en tenue militaire de la tête aux pieds. Au poste de police, c’est Koné, un soldat des FRCI, que vous rencontriez à l’arrivée. Il a demandé à chaque personne si elle faisait partie de la milice. Nous étions entourés de gens avec des fusils. Tandis que nous répondions, ils inspectaient nos mains et nos coudes, affirmant qu’ils pouvaient dire si vous aviez déjà brandi une arme. J’ai dit non, et je crois que ma réponse les a satisfaits. Quatre autres, cependant, ont été exécutés sous nos yeux ce soir-là. Ils ont déclaré que leurs doigts étaient cornés, donc qu’ils étaient des miliciens. Il y a un type qui se chargeait des exécutions. Il a mis une cagoule et leur a tiré dessus à bout portant, cela a été fait un par un devant tout le monde. Les gens demandaient pardon, en disant qu’ils n’étaient pas des miliciens, mais le gars leur a quand même tiré dessus […], une balle dans la poitrine de chaque personne. Ils nous ont dit de déplacer les corps à l’extérieur près du pont, puis Koné a versé de l’essence sur les corps et y a mis le feu. J’étais là pendant une semaine. Ils n’ont plus tué personne après le premier jour. [247]
Le 15 mai, un chercheur de Human Rights Watch a vu un corps qui brûlait à moins de 30 mètres du 16ème arrondissement, toujours contrôlé par les FRCI, et de nombreux témoins sur les lieux lui ont dit que c’était un milicien pro-Gbagbo qui avait été capturé et tué. Le lendemain, deux personnes qui avaient participé à la capture et avaient été témoins de l’exécution ont décrit les événements. [248] Le récit fait état d’une relation entre les FRCI et les jeunesses pro-Ouattara locales que Human Rights Watch a observée et qui a été décrite à plusieurs reprises par des témoins. Un témoin a dit :
Le gars que vous avez vu brûler l’autre jour était l’un des miliciens qui ont brûlé vives deux personnes le 25 février. Hier, nous l’avons repéré alors qu’il marchait dans Yaosseh. Quand il nous a vus, il a commencé à courir. Nous l’avons pris en chasse et attrapé vers 9 heures, puis confié à un groupe des FRCI du 16ème arrondissement qui était en patrouille. […] Nous sommes allés avec eux au poste, et les membres des FRCI ont fait leur travail. Ils l’ont exécuté. Quand nous sommes arrivés avec lui, j’ai dit que je savais qu’il était milicien, qu’il était au nombre de ceux qui avaient brûlé vifs deux de nos camarades. […] Les membres des FRCI lui ont demandé si cela était vrai, et il l’a nié. Alors ils l’ont torturé et battu, en demandant encore et encore s’il avait brandi une arme à feu lors de la crise, s’il avait tué. Il a fini par dire que c’était vrai. Ils ont continué à le battre et à lui demander de donner le numéro de téléphone de ses complices. Ce qu’il a fait. Les gars des FRCI ont appelé un autre milicien et ont essayé de tendre un piège. Mais le gars n’est jamais venu. Le milicien a demandé le pardon une fois qu’ils ont fini de le torturer, mais un gars des FRCI a dit : « Ceux qui tuent, ceux qui brûlent, ils ne peuvent pas vivre. » Puis les membres des FRCI ont fini leur travail, ils ont fait justice, en l’exécutant de deux balles. Nous étions là pour tout cela. Après qu’il avait été tué, son corps a été brûlé de l’autre côté de la rue. Depuis la fin du mois d’avril, après que les FRCI ont libéré la zone, j’ai été impliqué dans la capture de cinq miliciens. Deux en une seule fois, puis un seul à trois reprises différentes. Les FRCI les ont tous exécutés. Deux ont été jetés par-dessus le pont, un corps a été laissé dans le quartier, et les deux autres ont été tués dans le 16ème arrondissement. […] Certains des miliciens sont de retour, pour vérifier s’ils peuvent vivre ici. Mais nous n’avons pas oublié ce qu’ils ont fait. Si vous êtes [un partisan de Gbagbo] qui n’a jamais pris un fusil, vous pouvez vivre ici. Mais ceux qui ont pris les armes, ils vont payer s’ils reviennent. [249]
Un chercheur de Human Rights Watch a présenté au commissaire Lezou (un membre des Forces républicaines alors en charge de l’enceinte) des preuves relatives aux exécutions sommaires à l’intérieur et aux environs du 16ème arrondissement. Le commissaire Lezou a nié catégoriquement que de telles exécutions avaient eu lieu, affirmant que tous les corps retrouvés dans les rues provenaient de la lutte acharnée livrée dans la zone entre le 14 et 18 avril. Il a également nié catégoriquement qu’un corps avait été brûlé dans la rue en face du poste de police le 15 mai, bien que le chercheur de Human Rights Watch ait affirmé l’avoir vu de ses propres yeux. [250]
Human Rights Watch a aussi documenté cinq exécutions extrajudiciaires de personnes détenues dans l’enceinte du 37 ème arrondissement de Yopougon entre les 12 et 19 mai. Les victimes ont été sorties de la station pendant la nuit sur deux jours et exécutées sur des terrains voisins, ont déclaré plusieurs détenus et des résidents du quartier. [251]
Parmi les personnes exécutées se trouvaient plusieurs chefs de quartier des milices pro-Gbagbo, notamment les dirigeants bien connus des Jeunes patriotes « Andy » et « Constant » à Koweit entre les 5 et 6 mai. Un témoin de la mort de Constant a indiqué comment les proches de personnes locales tuées par Constant et sa milice ont décrit aux Forces républicaines les crimes dans lesquels il a été impliqué, après quoi quatre soldats l’ont tué. [252] Un témoin a déclaré qu’avant que les soldats n’exécutent Constant, il leur a montré une cache d’armes dans sa maison. [253] Deux témoins ont dit avoir vu Chérif Ousmane dans un convoi de six véhicules 4x4 se débarrassant du corps d’Andy le 6 mai. [254] Un témoin qui a aidé à déplacer le corps a déclaré qu’il avait été mutilé, avec de nombreuses blessures au couteau et par balle, ce qui signifie qu’il avait probablement été torturé. [255]
Bien que les meurtres n’aient pas été de la même ampleur que dans Yopougon, Human Rights Watch a également documenté des exécutions extrajudiciaires à Koumassi et Port-Bouët entre les 13 et 15 avril, juste après que les Forces républicaines avaient pris le contrôle de ces zones. Plusieurs des personnes exécutées étaient des miliciens soupçonnés d’être impliqués dans des dizaines de meurtres et, aux dires des résidents du quartier, en possession d’importantes caches d’armes. Comme à Yopougon, les jeunes du quartier ont joué un rôle dans l’identification, la dénonciation et le piégeage de miliciens présumés, avant de les apporter aux Forces républicaines, selon les mots de l’un de ces jeunes, « pour faire leur travail ». [256]
Tortures et traitements inhumains en détention
Human Rights Watch a documenté des dizaines de cas de tortures et de traitements inhumains de détenus de la part des Forces républicaines. Durant et après l’offensive militaire à Abidjan, des centaines de jeunes appartenant à des groupes ethniques pro-Gbagbo ont été arrêtés et détenus—souvent dans des arrondissements et des bases militaires abandonnés ainsi que dans des prisons de fortune telles que des stations essence et le complexe de GESCO. Presque tous les anciens détenus interrogés par Human Rights Watch ont indiqué avoir été régulièrement battus, le plus souvent au moyen de fusils, de ceintures, de bâtons, à coups de poings et de bottes, tandis que les militaires des Forces républicaines leur ordonnaient de révéler l’emplacement d’armes ou de chefs des milices.
La plupart avaient été arrêtés et détenus simplement du fait de leur âge, de leur appartenance ethnique ou de leur quartier d’origine. Un étudiant universitaire de Port-Bouët a raconté comment il avait été arrêté, détenu et battu le 21 avril parce qu’il vivait dans l’une des résidences universitaires du quartier—sites qui étaient depuis longtemps des bastions de la FESCI pro-Gbagbo :
Je vivais à la résidence universitaire parce que je suis un étudiant venu d’en dehors de la ville, sans famille à Abidjan. Je n’ai jamais fait partie de la FESCI. Les Forces républicaines m’ont arrêté et m’ont emmené dans un [camion-] cargo militaire depuis le 2ème quartier de Port-Bouët. Ils étaient dix, nous étions deux étudiants. Quatre d’entre eux m’ont frappé à coups répétés pendant plus de trois heures, puis l’un d’eux a sorti un couteau et m’a tailladé le long de l’épaule et dans le dos [blessure constatée par Human Rights Watch]. Pendant qu’ils me battaient, ils n’arrêtaient pas de demander où se trouvaient les fusils. Je leur ai dit que je n’avais jamais fait partie de la FESCI, mais ils ne m’ont pas cru. Ils ont menacé plusieurs fois de me tuer. […] C’est seulement quand quelqu’un d’autre de la communauté est arrivé et a dit que je ne faisais pas partie de la FESCI qu’ils se sont calmés. Le commandant m’a dit d’oublier ce qui s’était passé […] et m’a rendu mes deux portables. Nous sommes toujours menacés pourtant, juste parce que nous sommes étudiants. [257]
Dans plusieurs cas, le traitement infligé par les Forces républicaines atteignait manifestement le niveau de la torture, définie selon la Convention contre la torture comme « tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne » par un acteur étatique dans des buts incluant l’obtention d’informations ou la sanction d’une personne pour un acte commis ou supposé être commis. [258] Un jeune homme de 20 ans détenu pendant une semaine au 37ème arrondissement à Abobo-Doumé a fait le récit du traitement qu’il a subi:
Chaque jour les FRCI nous tiraient hors de la petite cellule pour nous frapper avec leurs kalaches. En général ils étaient deux ; ils vous frappaient encore et encore soit avec leurs fusils soit à coups de bottes. Cela durait environ cinq, dix minutes, puis ils partaient et revenaient quelques heures plus tard pour recommencer. Pendant qu’ils me frappaient, ils disaient : « Est-ce que tu vas répondre à nos questions sans mentir la prochaine fois ? Est-ce que tu vas nous donner des renseignements ? » Chaque fois je leur disais que je n’avais jamais tenu une arme, mais les coups continuaient. Le deuxième jour, ils ont mis un couteau au feu jusqu’à ce qu’il soit brûlant. Puis ils l’ont placé sur mon épaule gauche, en faisant une entaille aussi. Ils demandaient : « Tu es de la milice ? Où sont les armes qui ont été cachées ? » C’était la brûlure qui était plus douloureuse que la coupure—c’était la pire douleur que j’aie jamais ressentie [blessures, notamment la peau brûlée et décolorée et une longue cicatrice sur l’épaule de la victime, constatées par Human Rights Watch]. [259]
Un autre détenu a témoigné de la façon dont les Forces républicaines lui avaient arraché plusieurs dents au cours d’un interrogatoire après s’être emparé de lui sur une petite route à Yopougon Wassakara à la mi-avril :
Alors que je me rendais à pied à mon travail [de gardien de sécurité], les FRCI m’ont tendu une embuscade. […] Ils étaient tous en tenue militaire et portaient des bottes militaires. Ils m’ont entraîné dans un passage près de la pharmacie Keneya en disant que j’appartenais à la milice de Gbagbo. J’ai protesté : « Non, non, je vais juste à mon travail. Je suis gardien. » Ils ont répondu : « Non, tu es de la milice. » […] Ils m’ont frappé avec leurs kalaches jusqu’à ce que ma tête saigne. Ma tête ne va toujours pas bien, j’ai constamment des maux de tête. Puis ils m’ont maintenu par terre, deux d’entre eux m’ont pris par les épaules, deux par les jambes, et un autre maintenait ma bouche ouverte. L’un des types avait des tenailles, et il a arraché une de mes dents du haut. Puis il en a arraché une deuxième, mais elle s’est cassée et seule une partie est sortie. Ils n’arrêtaient pas de demander : « Où sont les armes que tu as cachées ? » La douleur était telle que je ne pouvais même pas répondre. Alors ils continuaient. […] Après les deux premières, ils ont même arrêté de poser des questions. Ils hurlaient : « Nous allons vous tuer tous, les miliciens qui ont causé ces problèmes. Tu es un des Patriotes de Gbagbo, nous allons vous tuer tous. » […] Je ne peux toujours pas vraiment manger tellement j’ai mal. La nuit [un mois plus tard], j’ai encore du sang qui coule dans la bouche à cause de ces blessures. [260]
[138]Pour en savoir plus sur le rôle des mercenaires libériens lors du premier conflit armé ivoirien, consultez les rapports « Youth, Poverty and Blood » et « Prise entre deux guerres » rédigés par Human Rights Watch ; et Côte d’Ivoire : « The War is Not Yet Over », p. 21 à 27, rédigé par International Crisis Group.
[139] Entretiens accordés à Human Rights Watch par des chefs d’un ancien groupe de combattants, Monrovia, Libéria, 28 mars 2011 ; par un mercenaire de 32 ans, Toe Town, Libéria, 1er avril 2011 ; et par un mercenaire de 29 ans, Toe Town, Libéria, 1er avril 2011. Lire également Tamasin Ford et Rachel Stevenson, « Ivory Coast rebels have killed hundreds, say observers »,The Guardian (Royaume-Uni), 9 avril 2011 ; Emily Schmall et Mae Azango, « Liberian mercenaries detail their rampages in western Ivory Coast », Christian Science Monitor, 10 avril 2011.
[140] Selon une loi votée en 1998 relative aux terres agricoles, quiconque souhaitant acquérir des terres devait être citoyen ivoirien, privant ainsi de ce droit les immigrés et parfois les Ivoiriens du Nord qui ne pouvaient faire établir leur citoyenneté. International Crisis Group, Côte d’Ivoire: «The War is Not Yet Over », p. 7. Pour obtenir un rapport détaillé sur la loi de 1998 et sur les problèmes liés au droit de propriété des terres plus généralement, consultez Norwegian Refugee Council, « Whose land is this?: Land disputes and forced displacement in the western forest area of Côte d’Ivoire », octobre 2009.
[141] Entretien téléphonique accordé à Human Rights Watch par un témoin de 36 ans, Man, 30 mars 2011.
[142] Entretien téléphonique accordé à Human Rights Watch par un témoin de 18 ans, Man, 29 mars 2011.
[143] Entretien accordé à Human Rights Watch par un témoin de 28 ans, Man, 29 mars 2011.
[144]Entretien téléphonique accordé à Human Rights Watch par un témoin de 34 ans, Man, 30 mars 2011.
[145]Entretien accordé à Human Rights Watch par un réfugié ivoirien de 28 ans, Janzon, Libéria, 2 avril 2011.
[146] Entretien téléphonique accordé à Human Rights Watch par un témoin de 42 ans à Bloléquin, 3 avril 2011.
[147] Entretiens téléphoniques accordés à Human Rights Watch par un immigré burkinabé de 35 ans à Guiglo, 3 avril 2011 ; et par un immigré nigérien de 31 ans à Guiglo, 4 avril 2011.
[148]Entretien téléphonique accordé à Human Rights Watch par un immigré malien de 32 ans à Guiglo, 3 avril 2011.
[149] Entretien téléphonique accordé à Human Rights Watch par un témoin et résident de Bloléquin, 16 mars 2011.
[150]Entretiens accordés à Human Rights Watch par un réfugié ivoirien de 28 ans, Janzon, Libéria, 2 avril 2011; par un réfugié ivoirien de 24 ans, Garley Town, Libéria, 4 avril 2011; par un réfugié de 31 ans, Garley Town, Libéria, 4 avril 2011; entretien téléphonique accordé par un témoin de 28 ans à Bédi-Goazon, Man, 29 mars 2011.
[151] Entretien accordé à Human Rights Watch par un réfugié ivoirien de 28 ans, Janzon, Libéria, 2 avril 2011. Ziglo est le village de Marcel Gossio, allié de Laurent Gbagbo et ancien directeur général du port d’Abidjan, et qui, selon des résidents de l’ouest de la Côte d’Ivoire entendus par Human Watch Rights, aurait soutenu financièrement les mercenaires. La commission d’enquête internationale a également identifié Marcel Gossio comme ayant contribué au financement des groupes de miliciens pro-Gbagbo. Rapport de la commission d’enquête internationale indépendante sur la Côte d’Ivoire [ci-après « Rapport 2011 de la CEI »], Doc. A/HRC/17/48, 7 juin 2011, point 25.
[152] Rukmini Callimachi, Associated Press, « Police hold top Liberia mercenary ‘Bob Marley’ accused in Ivory Coast massacres », 14 juin 2011.
[153] Ibid.
[154]Entretien téléphonique accordé à Human Rights Watch par un témoin de 39 ans, Abidjan, 6 juillet 2011 ; entretien accordé à Human Rights Watch par un témoin de 47 ans, Abidjan, 30 juillet 2011.
[155]Entretien accordé à Human Rights Watch par une personne de 47 ans blessée par un tir d’obus, 30 juillet 2011 ; et par une personne de 49 ans blessée par un tir d’obus, 30 juillet 2011.
[156]Entretien accordé à Human Rights Watch par un témoin de 50 ans, Abidjan, 30 juillet 2011 ; par un témoin de 42 ans, Abidjan, 30 juillet 2011 ; et par un témoin de 47 ans, Abidjan, 30 juillet 2011.
[157]Entretien accordé à Human Rights Watch par un témoin de 50 ans, Abidjan, 30 juillet 2011
[158]Entretien téléphonique accordé à Human Rights Watch par un témoin de 39 ans, Abidjan, 5 juillet 2011 ; entretiens accordés à Human Rights Watch par un témoin de 64 ans , Abidjan, 30 juillet 2011 ; par un témoin de 42 ans, Abidjan, 30 juillet 2011; et par un témoin de 47 ans, Abidjan, 30 juillet 2011.
[159] Associated Press, « UN Condemns Mortar Attack On Ivory Coast Market”, 18 mars 2011 ; « Ivory Coast crisis: ‘Deadly shelling’ in Abidjan », BBC News, 17 mars 2011.
[160]Entretiens accordés à Human Rights Watch par un témoin de 42 ans, Abidjan, 17 mai 2011; par un témoin de 64 ans, Abidjan, 30 juillet 2011 ; et par un témoin de 51 ans, Abidjan, 30 juillet 2011.
[161]Rapport 2011de la CEI,point 53.
[162]Résolution 1975 du Conseil de sécurité des Nations Unies, 30 mars 2011, Doc. SC/10215, point 6.
[163]Rapport du Conseil de sécurité des Nations Unies, rapport périodique N° 3: Côte d’Ivoire, 20 avril 2011 ; AFP, « French and U.N. forces attack Laurent Gbagbo’s bases after urgent request from Ban Ki-moon », 4 avril 2011 ; AFP, « Gbagbo cornered as battles rage in Ivory Coast city of Abidjan », 5 avril 2011.
[164] Reuters, « UN, French attack Gbagbo heavy weapons in I. Coast », 11 avril 2011 ; Marco Chown Oved, Associated Press, « UN, French fire on Gbagbo residence in Ivory Coast », 11 avril 2011.
[165] Marco Chown Oved, Associated Press, « More of Gbagbo’s arsenal found », 14 avril 2011.
[166]Entretien accordé à Human Rights Watch par un témoin de 52 ans ayant assisté à des meurtres commis par des miliciens, Abidjan, 24 mars 2011.
[167] Entretien téléphonique accordé à Human Rights Watch par un témoin ayant assisté à des meurtres, Abidjan, 30 mars 2011.
[168] Entretien accordé à Human Rights Watch par une victime et témoin de deux meurtres, Abidjan, 24 mars 2011.
[169] Entretien téléphonique accordé à Human Rights Watch par un témoin d’un meurtre, Abidjan, 30 mars 2011.
[170]Entretien téléphonique accordé à Human Rights Watch par un témoin de 40 ans ayant assisté à six meurtres, Abidjan, 30 mars 2011.
[171] Entretiens accordés à Human Rights Watch par une personne de 52 ans ayant découvert un charnier de 10 corps, victimes de miliciens, près du Bloco Beach Hotel, qui servait de base à la milice, Abidjan, 17 mai 2011 ; par un chef de quartier d’une communauté burkinabé, Abidjan, 17 mai 2011 ; par un témoin de 26 ans ayant assisté à deux meurtres commis par la milice, Abidjan, 14 mai 2011 ; et par un témoin de 34 ans ayant assisté à deux meurtres, Abidjan, 14 mai 2011.
[172]Entretien accordé à Human Rights Watch par un résident de Port-Bouët de 29 ans, Abidjan, 17 mai 2011.
[173]Entretien accordé à Human Rights Watch par un résident de Koumassi de 33 ans, Abidjan, 17 mai 2011.
[174]Entretien accordé à Human Rights Watch par un résident de Koumassi de 24 ans, Abidjan, 17 mai 2011.
[175]Entretiens accordés à Human Rights Watch par un homme de 34 ans contraint par la milice d’enterrer les victimes, Abidjan, 15 mai 2011 ; et par un homme de 49 ans qui a participé à l’enfouissement de 18 cadavres dans une même tombe, Abidjan, 15 mai 2011.
[176]Entretien accordé à Human Rights Watch par un homme de 26 ans , Abidjan, 14 mai 2011.
[177]Entretien accordé à Human Rights Watch par le père des victimes, âgé de 65 ans , Abidjan, 14 mai 2011.
[178]Entretiens accordés à Human Rights Watch par un résident de 25 ans qui a participé à l’enterrement , 14 mai 2011; et par un résident de 58 ans qui a participé à l’enterrement, 14 mai 2011.
[179]Entretiens accordés à Human Rights Watch par une personne de 30 ans qui a participé aux enterrements , Abidjan, 14 mai 2011 ; et par une personne de 32 ans qui a participé aux enterrements , Abidjan, 14 mai 2011.
[180]Entretien accordé à Human Rights Watch par une victime de viol de 23 ans , Abidjan, 14 mai 2011.
[181]Entretien accordé à Human Rights Watch par un témoin de 38 ans, frère d’une victime , 20 mai 2011.
[182]Entretiens accordés à Human Rights Watch par un résident de Locodjoro de 27 ans qui a fui l’attaque , 23 mai 2011 ; par le frère de 42 ans d’un Malien exécuté , 24 mai 2011 ; et par un témoin de 31 ans ayant assisté à l’attaque , 24 mai 2011.
[183] Entretiens accordés à Human Rights Watch par un résident de Yopougon de 46 ans, Abidjan, 24 mai 2011 ; et par un résident de Yopougon de 45 ans , Abidjan, 24 mai 2011.
[184]Entretiens accordés à Human Rights Watch par un résident de Yopougon de 46 ans , Abidjan, 24 mai 2011 ; et par un résident de Yopougon de 27 ans , Abidjan, 24 mai 2011.
[185]Entretiens accordés à Human Rights Watch par un résident de Yopougon de 46 ans , Abidjan, 24 mai 2011 ; et par un résident de Yopougon de 38 ans .
[186] Reuters, « Ivory Coast’s Ouattara Says Rebels are Legitimate Army », 18 mars 2011.
[187]Bien que baptisées « Forces républicaines » en date du 17 mars seulement, ce rapport, par souci de cohérence, fera référence aux forces armées en ces termes lorsque l’offensive militaire sera évoquée. Les soldats qui composaient les Forces nouvelles et qui ont pris le contrôle de Zouan-Hounien le 25 février étaient majoritairement les mêmes que ceux qui ont pris Doké, Bloléquin et d’autres villes une fois les Forces républicaines créées.
[188] Rahoul Sainfort, « Toulepleu, Zouan Hounien, Bin Houyé - Soro dans les ruines de la région Ouest », Le Patriote, 23 mars 2011.
[189]Entretien accordé à Human Rights Watch par un réfugié ivoirien de 26 ans au Libéria, originaire de Bloléquin, Janzon, Libéria, 4 avril 2011 ; et entretien téléphonique avec un homme de 34 ans à Bloléquin, 5 avril 2011 ; Kindo Ousseny, « Portrait: Le capitaine Eddie Medi / L’officier qui a chassé les mercenaires de Gbagbo l’Ouest », Nord-Sud, 17 mars 2011.
[190] Rapport de la CEI, 2011, point 65.
[191] Lors des entretiens, les victimes et témoins ont utilisé différents termes pour désigner les forces armées régulières d’Alassane Ouattara, notamment les « rebelles », les « Forces nouvelles » (ou FN), les « FAFN » (Forces armées des Forces nouvelles) et les « Forces républicaines de Côte d'Ivoire » (FRCI) .
[192]Entretien accordé à Human Rights Watch par un réfugié ivoirien de 57 ans , Toe Town, Libé ria, 31 mars 2011.
[193]Entretien accordé à Human Rights Watch par un réfugié ivoirien de 23 ans , Toe Town, Libé ria, 1er avril 2011.
[194]Entretien accordé à Human Rights Watch par un réfugié ivoirien de 25 ans , Zleh Town, Libé ria, 31 mars 2011.
[195]Entretiens accordés à Human Rights Watch par un réfugié ivoirien de 22 ans, Toe Town, Libé ria, 1er avril 2011 ; par un réfugié ivoirien de 31 ans , Janszon, Libé ria, 2 avril 2011 ; par un réfugié ivoirien de 62 ans , Zwedru, 3 avril 2011 ; et par un réfugié ivoirien de 58 ans , Garley Town, 3 avril 2011.
[196]Entretien accordé à Human Rights Watch par un réfugié ivoirien de 47 ans, Janzon, Libéria, 2 avril 2011.
[197] Entretiens accordés à Human Rights Watch par un réfugié ivoirien de 52 ans, Toe Town, Libéria, 31 mars 2011 ; par un réfugié ivoirien de 58 ans, Bah Town, Libéria, 31 mars 2011 ; par un réfugié ivoirien de 31 ans, Zleh Town, 1er avril 2011 ; et par un réfugié de 46 ans, Toe Town, Libéria, 31 mars 2011.
[198]Entretien accordé à Human Rights Watch par un réfugié ivoirien de 21 ans , Toe Town, Libé ria, 1er av ril 2011.
[199]Entretien accordé à Human Rights Watch par une réfugiée ivoirienne de 67 ans , Zwedru, Libé ria, 3 av ril 2011.
[200]Entretien accordé à Human Rights Watch par un réfugié ivoirien de 84 ans , Tuzohn, Libé ria, 4 avril 2011.
[201]Entretien accordé à Human Rights Watch par un réfugié ivoirien de 84 ans , Tuzohn, Libé ria, 4 avril 2011.
[202]Entretien accordé à Human Rights Watch par une réfugiée ivoirienne de 31 ans , Toe Town, Libé ria, 1er avril 2011.
[203]Entretien accordé à Human Rights Watch par une réfugiée ivoirienne de 25 ans , Toe Town, Libé ria, 1er avril 2011.
[204]Entretien accordé à Human Rights Watch par un réfugié ivoirien de 32 ans, Janzon, Libéria, 2 avril 2011.
[205] Entretien accordé à Human Rights Watch avec une personne ivoirienne de 26 ans réfugiée au Libéria, originaire de Bloléquin, Janzon, Libéria, 4 avril 2011 ; et entretien téléphonique avec une personne de 34 ans à Bloléquin, 5 avril 2011 ; Kindo Ousseny, « Portrait: Le capitaine Eddie Medi / L’officier qui a chassé les mercenaires de Gbagbo l’Ouest », Nord-Sud, 17 mars 2011.
[206] Kindo Ousseny, « Portrait: Le capitaine Eddie Medi », Nord-Sud, 17 mars 2011 ; « Après Toulepleu, Bloléquin : Les FRCI avancent... », La voix du golf, 22 mars 2011, http://www.stpci.net/regionale.php?id=20 (document consulté le 27 août 2011).
[207] Kindo Ousseny, « Portrait: Le capitaine Eddie Medi », Nord-Sud, 17 mars 2011.
[208] Rukmini Callimachi, Associated Press, « War over but massacres continue in Ivory Coast », 23 juillet 2011.
[209] Kindo Ousseny, « Portrait: Le capitaine Eddie Medi », Nord-Sud, 17 mars 2011.
[210] Human Rights Watch, Prise entre deux guerres, p. 40.
[211] Human Rights Watch, Prise entre deux guerres, p. 41. Le rapport du Département d’État des États-Unis de 2003 sur les droits humains en Côte d’Ivoire fait également état des meurtres commis par les groupes rebelles, notamment le MJP, à Bangolo en mai 2003, et de la découverte de charniers à Bangolo en septembre . Le rapport note également qu’à Zérégbo et Bahably, deux villages rattachés à Bangolo, quatre puits ont été découverts remplis de restes humains—citant « des rapports initiaux [qui ] avaient indiqué que les groupes rebelles de l’Ouest qui avaient pris le contrôle de la zone avaient tué les personnes dont les cadavres ont été découverts dans les charniers et les puits entre décembre 2002 et janvier 2003 ». Département d’État des États-Unis, Bureau de la démocratie, des droits de l’homme et du travail , « Côte d’Ivoire, 2003 », 25 février 2004. Tous ces crimes ont été commis à un moment où, selon le major général de Médi et Médi lui-même , Médi était le commandant .
[212] International Crisis Group, Côte d’Ivoire :«The War is Not Yet Over », p. 26, note de bas de page 128.
[213]Kindo Ousseny, « Portrait: Le capitaine Eddie Medi », Nord-Sud, 17 mars 2011.
[214] Sylvain Doua Gouly, « Côte d’Ivoire: Capitaine Eddy Medy (COMJP Bangolo): ‘La confiance renaît entre la population et nous’ », Fraternité-Matin, 8 juin 2004.
[215] Département d’État des États-Unis, « 2009 Human Rights Report, Côte d’Ivoire », 11 mars 2010.
[216] International Crisis Group, Côte d’Ivoire: « The War is Not Yet Over », p. 18-21, 51.
[217]Human Rights Watch, « Prise entre deux guerres », p. 26-28 (soulignant qu’après avoir repris Man aux forces de Laurent Gbagbo le 19 décembre 2002, les forces, notamment le MJP d’Ousmane Coulibaly, « avaient particulièrement pris pour cible les civils, souvent des membres des comités d’autodéfense, qui avaient collaboré avec les forces du gouvernement dans le ciblage des civils » et avaient pris des femmes « pour épouses » en leur faisant subir des violences sexuelles répétées).
[218]International Crisis Group, Côte d’Ivoire: « The War is Not Yet Over », p. 25-26. ICG souligne qu’après des attaques répétées des civils par les mercenaires libériens, Coulibaly a été accusé de « nettoyage » entre février et avril 2003, avec notamment la poussée des mercenaires libériens vers la frontière. Ibid., p. 24. Un rapport du département d’État des États-Unis rédigé en 2004 cite également Coulibaly dans ce rôle, affirmant : « Le 8 mai, Ousmane Coulibaly, commandant militaire du MJP à Man, a déclaré à la presse que 140 Libériens étaient détenus ‘pour leur propre protection’ ». Le rapport souligne également cependant qu’« en avril, plusieurs sources indiquaient que les combats entre les rebelles de l’Ouest, le MPIGO, le MJP et leurs alliés libériens/sierra-léonais avaient abouti à l’exécution de plus de 50 mercenaires libériens dans la région de l’Ouest. Un journaliste de la BBC a déclaré avoir vu les cadavres de combattants libériens avec les mains liées et parfois le visage et les orteils mutilés ». Département d’État des États-Unis, Bureau de la démocratie, des droits de l’homme et du travail, « Côte d’Ivoire, 2003 », 25 février 2004.
[219]Le Conseil de sécurité des Nations Unies n’a jamais rendu le rapport public, mais ce dernier a été divulgué et est maintenant consultable. Selon la conclusion 28, Man serait l’une des nombreuses villes où un certain nombre de crimes particulièrement graves comme des meurtres, tortures et viols ont été commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre des populations civiles. Ces actes sont constitutifs de crimes contre l’humanité.
[220]Amnesty International, Côte d’Ivoire: Les Femmes, Victimes Oubliées du Conflit, janvier 2007 (« [L]es femmes vivant dans l’ouest du pays ont été systématiquement attaquées à la fois par des milices progouvernementales et des groupes d’opposition armés, tels que le MJP et le MPIGO. […] [qui] ont eu recours à la violence sexuelle à l'encontre des femmes afin de terroriser les populations civiles et de leur extorquer de l'argent, réduisant les femmes à l’esclavage sexuel. ») ; Amnesty International, « Côte d’Ivoire : Nul endroit où fuir », 24 juin 2003 (documentant les atrocités commises par le MJP à l’encontre des réfugiés libériens dans l’extrême ouest).
[221] Voir International Crisis Group, Côte d’Ivoire: « The War is Not Yet Over », p. 24-26 ; Département d’État des États-Unis, Bureau de la démocratie, des droits de l’homme et du travail, « Côte d’Ivoire, 2003 » 25 février 2004.
[222] Rapport de la CEI 2011, points 29, 64.
[223] Amnesty International : « Ils ont regardé sa carte d’identité et l’ont abattu. Retour sur six mois de violence post-électorale en Côte d’Ivoire », mai 2011, p. 37-42.
[224] FIDH, « Côte d’Ivoire: Massacre à Duékoué et graves exactions commises contre la population civile dans tout le pays », 2 avril 2011.
[225] Pour obtenir un exposé sur les Dozos, lire Joseph Hellweg, « Hunting the Ethical State: The Benkadi Movement of Côte d’Ivoire », 2011. Pour en savoir plus sur les exactions de mai et juin 2011 commises par les Dozos et les Forces républicaines, travaillant souvent de concert dans l’extrême ouest, voir Amnesty International , « Nous voulons rentrer chez nous, mais nous ne pouvons pas . Insécurité et personnes déplacées en Côte d’Ivoire : une crise persistante » , 28 juillet 2011, p. 18-25.
[226]Entretien téléphonique accordé à Human Rights Watch par un témoin , Duékoué, 2 avril 2011.
[227]Entretien téléphonique accordé à Human Rights Watch par une victime, Duékoué , 3 avril 2011.
[228]Entretien téléphonique accordé à Human Rights Watch par un pasteur, Duékoué, 3 avril 2011.
[229] AFP, « Côte d`Ivoire: 8 personnes tuées par les forces pro-Ouattara (ONU) », 23 juin 2011 ; « Côte d’Ivoire: l’ONU dénonce la multiplication des violences des forces de Ouattara », Le Monde, 9 juillet 2011.
[230] AFP, « 26 Ivory Coast executions in four weeks: UN », 11 août 2011.
[231]Entretien accordé à Human Rights Watch par une victime de viol de 34 ans , Abidjan, 20 mai 2011.
[232]Entretien accordé à Human Rights Watch par un témoin de 46 ans , Abidjan, 24 mai 2011.
[233]Entretien accordé à Human Rights Watch par un témoin de 53 ans , Abidjan, 24 mai 2011.
[234]Entretien accordé à Human Rights Watch par un témoin de 25 ans, Abidjan, 20 mai 2011.
[235] Entretien accordé à Human Rights Watch par un témoin de 46 ans, Abidjan, 24 mai 2011.
[236] Entretien accordé à Human Rights Watch par un membre des Forces républicaines, Abidjan, 23 mai 2011.
[237] Entretiens accordés à Human Rights Watch, Abidjan, mai et juillet 2011. Voir également « Commandant Ousmane Coulibaly (Chef de la sécurité à Yopougon) : L’ère des miliciens est révolue », Le Patriote, 9 juin 2011 ; « Ousmane Coulibaly : ‘Nous contrôlerons Yopougon dans 48 heures’ », France 24, 15 avril 2011.
[238] Entretien accordé à Human Rights Watch par le commissaire Lezou, Abidjan, 25 mai 2011.
[239]Entretien accordé à Human Rights Watch par un témoin de 25 ans, Abidjan, 24 mai 2011.
[240]Entretien accordé à Human Rights Watch par un témoin 42 ans , Abidjan, 24 mai 2011.
[241] Entretien accordé à Human Rights Watch par un témoin de 31 ans, Abidjan, 22 mai 2011.
[242]Entretien accordé à Human Rights Watch par un témoin de 34 ans , Abidjan, 20 mai 2011.
[243]Entretien accordé à Human Rights Watch par un témoin de 26 ans , Abidjan, 20 mai 2011.
[244]Entretien accordé à Human Rights Watch par un témoin de 38 ans , Abidjan, 22 mai 2011.
[245]Entretien accordé à Human Rights Watch par un soldat de la compagnie Guépard de Chérif Ousmane, Abidjan, 23 mai 2011.
[246]Entretiens accordés à Human Rights Watch par un ancien détenu de 25 ans au 16ème arrondissement , Abidjan, 20 mai 2011; et par un ancient détenu de 27 ans au 16ème arrondissement, Abidjan, 22 mai 2011.
[247]Entretien accordé à Human Rights Watch par un ancien détenu de 25 ans au 16ème arrondissement , Abidjan, 20 mai 2011.
[248] Entretiens accordés à Human Rights Watch par des jeunes du RHDP ayant capturé un supposé milicien, Abidjan, 16 mai 2011.
[249]Entretien accordé à Human Rights Watch par un jeune du RHDP ayant capturé un supposé milicien , Abidjan, 16 mai 2011.
[250]Entretien accordé à Human Rights Watch par le commissaire Lezou, Abidjan, 25 mai 2011.
[251]Entretien accordé à Human Rights Watch par un ancien détenu au 37ème arrondissement , Abidjan, 20 mai 2011 ; par un ancien détenu au 37ème arrondissement , Abidjan, 22 mai 2011 ; et par un voisin qui vivait à côté de la station , Abidjan, 22 mai 2011.
[252] Entretien accordé à Human Rights Watch par un homme de 65 ans, Abidjan, 14 mai 2011. Human Rights Watch a documenté six meurtres perpétrés début mars par Andy et Constant qui ciblaient des groupes pro-Ouattara, ainsi qu’un viol collectif épouvantable et le meurtre d’une femme de 18 ans . Entretien accordé à Human Rights Watch par un témoin des meurtres et du viol , Abidjan, 24 mai 2011.
[253]Entretien accordé à Human Rights Watch par un homme de 65 ans , Abidjan, 14 mai 2011.
[254]Entretiens accordés à Human Rights Watch par un homme de 57 ans , Abidjan, 20 mai 2011 ; et par un homme de 45 ans , Abidjan, 14 mai 2011.
[255]Entretien accordé à Human Rights Watch par un homme de 65 ans , Abidjan, 14 mai 2011.
[256]Entretien accordé à Human Rights Watch par un jeune du RHDP de Koumassi, Abidjan, 17 mai 2011.
[257]Entretien accordé à Human Rights Watch par un étudiant universitaire de 24 ans, Abidjan, 15 mai 2011.
[258]Convention contrela torture et autrespeines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (Convention contre la torture), rés. A. G. 39/46, U.N. Doc. A/39/51 (1984), entrée en vigueur le 26 juin 1987, adhésion de la Côte d’Ivoire le 18 décembre 1995.
[259] Entretien accordé à Human Rights Watch par un homme de 20 ans , Abidjan, 22 mai 2011.
[260]Entretien accordé à Human Rights Watch par un homme de 29 ans , Abidjan, 22 mai 2011.








