Tous les otages, y compris les soldats et les personnels de sécurité, devraient être libérés immédiatement
1 septembre 2014
« La décapitation présumée du sergent Ali al-Sayed est un acte horrible, et si elle est avérée, constitue un crime de guerre. »
Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch

(New York, le 1er septembre 2014) – La décapitation présumée du sergent de l'armée libanaise Ali al-Sayed, retenu prisonnier par l’État islamique, constitue si elle est confirmée un crime de guerre, a affirmé aujourd'hui Human Rights Watch. Des photos et une vidéo ont été publiées en ligne le 28 août, et montreraient un militant de l’État islamique en train de décapiter un homme aux yeux bandés, qui est désigné comme étant le sergent al-Sayed. Les autorités libanaises n'ont pas encore officiellement confirmé cette décapitation. 

Selon les médias, deux organisations extrémistes - l’État islamique, précédemment connu sous le nom d’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), ainsi que le groupe Jabhat al-Nusra - se sont emparés d'au moins 35 soldats et personnels des forces de sécurité libanaises, parmi lesquels le sergent al-Sayed, au cours d'affrontements qui ont éclaté le 2 août à Ersal, au Liban. Treize soldats et personnels de sécurité ont été relâchés à l'heure actuelle. Les deux organisations extrémistes ont exigé la libération de détenus islamistes à Roumieh, comme condition pour relâcher les autres otages. L’État islamique et Jabhat al-Nusra devraient libérer tous les otages immédiatement et s'assurer que tous les soldats et personnels de sécurité capturés soient traités en conformité avec le droit de la guerre, a affirmé Human Rights Watch.

« La décapitation présumée du sergent Ali al-Sayed est un acte horrible, et si elle est avérée, constitue un crime de guerre » a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Nous sommes toujours préoccupés par le sort des autres prisonniers. »

Abu Musaab Hafid al-Baghdadi, qui se présente comme membre de l’État islamique, a publié le 28 août des photos sur son compte Twitter, qui prétendent montrer un militant de l’État islamique en train de décapiter un homme aux yeux bandés, désigné comme étant Ali al-Sayed.

Le Comité des oulémas musulmans, une association d'intellectuels religieux sunnites basée au Liban, qui a participé aux négociations avec l’État islamique concernant les soldats prisonniers, a affirmé dans une déclaration du 29 août ne pouvoir ni confirmer ni infirmer le meurtre du soldat. Le Ministre de l'Intérieur, Nouhad al-Mashnouq, a annoncé le 29 août aux agences de presse libanaises que l'armée nationale avait formé une commission d'experts pour enquêter sur la décapitation présumée. Selon certaines sources, des responsables libanaise de la sécurité ainsi que des membres de l’État islamique ont pourtant confirmé la décapitation aux agences de presse, et un enregistrement audio a été publié le 28 août, qui serait celui d'une conversation téléphonique au cours de laquelle un représentant du Comité des oulémas musulmans confirme que la décapitation a bien eu lieu. Le 1er septembre, la chaîne de télévision Lebanese Broadcasting Corporation (LBC) a rapporté que le corps d'al-Sayed était en cours d'acheminement vers un hôpital militaire, sans toutefois citer les sources de ses informations.

L'exécution sommaire de personnes détenues, quelles qu'elles soient, et y compris d'otages comme al-Sayed, constitue un crime de guerre, a affirmé Human Rights Watch.

Un représentant des Forces de sécurité intérieure libanaises (FSI) a confirmé à Human Rights Watch que 14 policiers sont toujours retenus prisonniers à l'heure actuelle. L'armée n'a pas publié la liste des soldats enlevés. Selon les agences de presse, 12 soldats restent aux mains des groupes armés. Au total, 13 soldats et personnels de sécurité ont été relâchés. 

Le 29 août, une vidéo a été diffusée sur YouTube, montrant neuf soldats libanais retenus prisonniers par l’État islamique. Ils y affirment qu'ils seront tous exécutés à moins que le gouvernement ne libère des détenus islamistes de la prison de Roumieh, dans un délai de trois jours. Le 31 août, le groupe Jabhat al-Nusra a menacé d'exécuter des membres des forces de sécurité chiites libanais si le Hezbollah poursuivait sa campagne militaire dans la région du Qalamoun, frontalière d'Ersal, selon les informations des médias locaux. Les combattants du Hezbollah et les forces du gouvernement syrien affrontent les groupes armés dans le Qalamoun de façon intermittente.

Le 19 août, des représentants du gouvernement libanais ont reçu une liste des exigences des groupes radicaux, en échange de la libération des otages. Si cette liste n'a pas été rendue publique, les médias indiquent qu'elle demande notamment la libération de certains détenus islamistes de la prison de Roumieh, au Liban.

La prise d'otages constitue un crime de guerre.

La Cour Pénale Internationale (CPI) a défini la prise d'otages comme le fait de s'emparer de force ou de détenir un combattant ou un civil, associé à la menace de tuer, blesser, ou continuer à maintenir en détention la dite personne, avec l'intention de contraindre un gouvernement, une organisation internationale ou un groupe de personnes à agir ou à s'abstenir d'agir, en subordonnant la sécurité ou la mise en liberté de la dite personne à une telle action ou abstention.

Des travailleurs humanitaires internationaux qui interviennent au Liban ont raconté à Human Rights Watch avoir observé une hausse des agressions de réfugiés syriens par certains civils libanais, depuis le début des affrontements à Ersal. Les habitants de Rahbe, une ville du nord du Liban, ont également dit à Human Rights Watch que de nombreux réfugiés syriens avaient été agressés physiquement dans les rues par des civils libanais, suite à l'explosion de violence à Ersal. Les forces de sécurité libanaises devraient rester vigilantes face aux abus contre les réfugiés syriens, et s'assurer que toute personne coupable de violations en soit tenue responsable. 

« Les réfugiés syriens ne devraient pas servir de boucs émissaires pour des actes criminels commis par des organisations extrémistes, comme l’État islamique, » a affirmé Sarah Leah Whitson.

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Complément d’information

Le 2 août, l'Armée libanaise a arrêté Imad Ahmed Jumaa à un poste de contrôle de la banlieue d'Ersal. Tandis que l'Agence de Presse Nationale du Liban désignait Jumaa comme membre du groupe islamiste radical Jabhat al-Nusra, cette organisation a, selon certaines sources, nié cette appartenance, et d'autres agences de presse l'ont identifié comme le chef de la Brigade Fajr al-Islam, un groupe qui a prêté allégeance à l’État islamique en juillet 2014. Suite à l'arrestation de Jumaa, des militants non identifiés, dont certains appartiendraient, selon certaines informations, à Fajr al-Islam, ont commencé à encercler les postes de contrôle de l'armée libanaise à Ersal et aux environs, en réclamant sa libération. Certains de ces militants islamistes radicaux ont également pénétré par la force au sein du poste des Forces de sécurité intérieure (FSI) d'Ersal, se sont emparés de plusieurs membres des FSI qui s'y trouvaient, ont libéré de nombreux détenus syriens, et auraient tué deux civils qui tentaient de les en empêcher, selon certains témoignages.

Les affrontements entre combattants islamistes et soldats libanais se sont poursuivis du 2 au 5 août, quand l'armée libanaise a annoncé avoir repoussé ses adversaires à l'extérieur d'Ersal, à Wadi Hamayyed, près de la frontière syrienne. Le 6 août, un cessez-le-feu obtenu grâce à la médiation du Comité des oulémas musulmans est entré en vigueur, et le 9 août, l'armée libanaise est entrée dans Ersal et a pris le contrôle de la ville. Des affrontements entre combattants islamistes et armée libanaise ont cependant éclaté à nouveau le 28 août, aux abords d'Ersal, preuve que la situation sécuritaire de cette ville reste précaire.

En plus des otages, 19 soldats ont été tués dans les combats et 86 blessés, selon l'armée libanaise. 67 combattants islamistes auraient également été tués. De plus, un hôpital de campagne d'Ersal a rapporté que 489 personnes avait été blessées, et au moins 59 civils – 44 Syriens et 15 personnes originaires d'Ersal – auraient été tuées dans les combats, selon certaines sources.

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