Ces actes suscitent une profonde inquiétude quant à la sécurité des personnes détenues
29 août 2014
« Ces actes suscitent une profonde inquiétude quant à la sécurité et au bien-être de toute personne détenue par les forces rebelles dans l'est de l'Ukraine. »
Hugh Williamson, directeur de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch

(Berlin, le 29 août 2014) - Les forces rebelles dans l’est de l’Ukraine, soutenues par la Russie, détiennent arbitrairement des civils qui sont soumis à des actes de torture, à des traitements dégradants ainsi qu’au travail forcé, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Les forces rebelles ont également détenu des civils pour les exploiter en tant qu’otages.

Depuis le mois d’avril 2014, des hommes armés combattant pour le compte de deux républiques autoproclamées dans l’est de l’Ukraine – la République populaire de Donetsk (RPD) et la République populaire de Lougansk (RPL) - ont arrêté des centaines de civils, s’en prenant en particulier aux personnes perçues comme des détracteurs de ces deux républiques. Il  s’agit notamment de journalistes, de militants politiques pro-ukrainiens, d’activistes religieux, et dans certains cas, de membres de leurs familles.

«  Les insurgés pro-russes commettent régulièrement des crimes graves », a déclaré Hugh Williamson, directeur de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Ces actes suscitent une profonde inquiétude quant à la sécurité et au bien-être de toute personne détenue par les forces rebelles dans l'est de l'Ukraine. »

Lors d’une mission menée en août dans l’est du pays, des chercheurs de Human Rights Watch ont documenté 20 cas d’enlèvements de civils par des combattants rebelles. Human Rights Watch a mené des entretiens avec 12 civils précédemment détenus qui ont affirmé avoir été frappés à coups de poing et de pied, blessés à l’arme blanche, brûlés avec des cigarettes, et dans certains cas soumis à des simulacres d’exécution. Au moins six d’entre eux ont été utilisés comme otages, qui n’ont été libérés qu’en échange d’une rançon ou de la libération d’insurgés qui avaient été faits prisonniers par les autorités ukrainiennes.

Les personnes interrogées ont indiqué avoir été détenues dans des bases à Donetsk, à Sloviansk, et à Makyivka.

Human Rights Watch a en outre recueilli des preuves préoccupantes d'exécutions extrajudiciaires et d'autres preuves que des civils capturés ont été tués, y compris trois condamnations à mort apparemment émises par le tribunal de guerre mis en place par des insurgés à Sloviansk. L’annotation « exécuté » avait été rajoutée à côté de deux des trois noms.

Human Rights Watch n'a pas été en mesure d’établir le nombre exact de civils faits prisonniers par les forces rebelles dans l'est de l'Ukraine depuis le mois d’avril. Selon les informations fournies par le ministère ukrainien de l’Intérieur, citées dans un rapport publié le 15 juillet par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, 717 personnes - dont des civils et des membres des forces armées ukrainiennes – ont été enlevées par des groupes armés dans l'est du pays" entre la mi-avril et la mi-juillet.

Le 24 août, le Centre pour la libération des prisonniers, un collectif d'anciens officiers militaires ukrainiens participant aux négociations visant la libération des otages, a publié une liste de 501 personnes détenues, dont au moins 129 civils.

L'article 3 commun aux quatre Conventions de Genève, ainsi que l'article 4.2 du Protocole additionnel II, qui régissent les conflits armés non internationaux, interdisent la prise d’otages et l’enlèvement de civils.

Les actes de torture ainsi que les traitements cruels ou dégradants à l’encontre de personnes détenues sont strictement interdits en vertu de la législation internationale relative aux droits humains et du droit international humanitaire, et les États ont l'obligation de poursuivre les responsables de tels abus.

Communiqué intégral en anglais : www.hrw.org/node/128537