La frappe a affecté le traitement des eaux usées, l'approvisionnement alimentaire et les services hospitaliers
9 août 2014
« S’il était avéré que cette attaque a été délibérée, il s’agirait d’un crime de guerre.»
Eric Goldstein, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord Human Rights Watch.

(Jérusalem, le 9 août 2014) - L’endommagement de l’unique centrale électrique de la bande de Gaza le 29 juillet, manifestement suite à un tir d’obus par l’armée israélienne, a aggravé la crise humanitaire subie par 1,7 million de personnes sur ce territoire, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Selon les lois de la guerre, une attaque qui endommagerait ou détruirait une centrale électrique - même si elle a également servi à des fins militaires - en provoquant  des dommages aux civils supérieurs à l’avantage militaire réalisé, serait disproportionnée et donc illégale.

La fermeture de la centrale électrique de Gaza a eu un impact sur la population bien au-delà des pannes de courant, a précisé Human Rights Watch. Cette fermeture a considérablement limité le pompage d'eau aux foyers et le traitement des eaux usées. Elle a également contraint les hôpitaux, déjà en prise avec l'afflux de blessés, à se servir de générateurs électriques. La fermeture a aussi  affecté l'approvisionnement alimentaire en entravant le fonctionnement des réfrigérateurs et en contraignant les boulangeries à réduire leur production de pain.

« De manière prévisible, la frappe contre la seule centrale électrique de la bande de Gaza a mis en danger la santé des nombreux habitants de ce territoire », a commenté Eric Goldstein, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord Human Rights Watch. « S’il était avéré que cette attaque a été délibérée, il s’agirait d’un crime de guerre. »

Selon le porte-parole de l'Autorité de distribution d'énergie à Gaza, Jamal Dardasawi, des obus de chars israéliens ont frappé l'un des réservoirs de stockage de carburant de la centrale électrique, provoquant une explosion et un incendie qui n’a pu être éteint qu’au bout de plusieurs heures.

Peu de temps après l'attaque, le gouvernement israélien a nié avoir pris la centrale pour cible, mais a reconnu que ses forces auraient pu la frapper accidentellement. Human Rights Watch n'a pas été en mesure de déterminer si des combattants palestiniens étaient déployés dans la zone au moment de l’attaque.

Selon les lois de la guerre, les centrales électriques - comme les aéroports - sont considérées comme des infrastructures à double usage, c’est-à-dire des biens de caractère civil qui peuvent également être d’utilité à une force armée. Comme tels, ils peuvent dans certains cas être considérés comme des objectifs militaires (art. 52 du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève). Toutefois, toute attaque contre une infrastructure à double usage doit être proportionnée. Les attaques dont les dommages anticipés aux personnes civiles ou aux biens civils « seraient excessifs par rapport à l'avantage militaire concret et direct attendu » sont interdites (art. 51) en vertu du principe de proportionnalité du droit international humanitaire.

Les forces israéliennes ont déjà frappé la centrale électrique de Gaza dans le passé, y compris lors de précédents conflits, selon diverses sources. La centrale avait déjà été frappée à cinq reprises depuis le début du mois de juillet, selon le Comité international de la Croix-Rouge. Elle a brièvement cesser de fonctionner suite à des bombardements menés par les forces israéliennes les 22 et 23 juillet, selon l’organisation non gouvernementale israélienne Gisha. Il y a huit ans - le 28 juin 2006, trois jours après l’enlèvement du soldat israélien Gilad Shalit par des combattants du Hamas - des missiles israéliens ont frappé la centrale à huit reprises. Israël a aussi attaqué des centrales à l’extérieur de la bande de Gaza. Lors du conflit armé l’opposant au Hezbollah, Israël a bombardé des centrales électriques dans le sud du Liban à plusieurs reprises, y compris le 24 juin 1999, le 8 février 2000, et le 5 mai 2000.

Les lois de la guerre obligent les pays responsables de violations à procéder à des réparations intégrales pour les pertes ou les dommages causés par ces violations.

Communiqué intégral en anglais : www.hrw.org/node/128025