Le Sommet tenu à Washington cette semaine doit aborder les questions des droits humains et de la bonne gouvernance
4 août 2014

Trois leaders africains notoires – Robert Mugabe, Isaias Afewerki et Omar el-Bachir, presidents respectivement du Zimbabwe, de l’Érythrée et du Soudan – n’ont pas été invités au Sommet des dirigeants des États-Unis et de l’Afrique qui se tient cette semaine à Washington. Mais un certain nombre d’autres dirigeants répressifs africains au pouvoir depuis longtemps, comme José Eduardo dos Santos en Angola, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo en Guinée équatoriale et Yoweri Museveni0 en Ouganda, seront présents. En réalité, plus d’une dizaine de pays africains qui seront représentés au sommet présentent des bilans inquiétants en termes de droits humains, réprimant impitoyablement la liberté d’expression et la liberté d’association par le harcèlement, les arrestations, la torture, les fausses accusations et les meurtres.

Comme l’a déclaré le Président Barack Obama dans un discours édifiant à Accra au Ghana il y a cinq ans, l’avenir du continent est entre les mains des Africains et « l’Afrique a besoin d’institutions solides, et non de dirigeant répressifs ». Comme la plupart des autres défenseurs africains des droits humains, j’espérais que les États-Unis réajusteraient les partenariats de sécurité avec les dirigeants répressifs et despotiques africains. J’espérais qu’ils suivraient une politique équilibrée concernant le continent africain, avec pour piliers fondamentaux la sécurité et la gouvernance, chacune revêtant une égale importance. Les libertés d’expression, d’association et de rassemblement pacifique renforcent la capacité des citoyens à exercer de nombreux autres droits et à demander des comptes à leurs propres gouvernements. Ces droits – précieux non seulement aux États-Unis mais aussi pour des millions d’Africains – doivent être au cœur du message adressé par Washington aux dirigeants africains.

Mais si l’on regarde de plus près la politique et les agissements des États-Unis en Afrique on voit comment Washington donne trop souvent la priorité à la sécurité et au commerce au dépend de la bonne gouvernance et du respect des droits humains. Prenons l’Angola, où depuis plus de trente ans le président José Eduardo dos Santos a utilisé les poursuites pénales, les arrestations arbitraires et la force brutale de la police pour réduire au silence les médias et les citoyens et imposer son autorité, tandis que Washington se préoccupe presqu’exclusivement du pétrole angolais.

Ou bien regardez mon propre pays, l’Éthiopie, où il y a seulement quelques semaines, trois journalistes et sept blogueurs ont été accusés de « terrorisme » pour avoir prétendument comploté afin de renverser le gouvernement. Ils ne sont rien de moins que les récentes victimes d’une répression en vigueur depuis dix ans contre les opposants politiques, les organisations non gouvernementales, les manifestants pacifiques et les médias qui osent critiquer même modérément les politiques du parti au pouvoir. Pendant ce temps, l’administration des États-Unis se concentre sur son partenariat de sécurité avec l’Éthiopie pour sa lutte contre le terrorisme en Somalie.

Sous le régime de Paul Kagame, le Rwanda a réussi à réduire au silence l’opposition politique et les voix critiques indépendantes au moyen d’une série d’arrestations, de disparitions ainsi que de meurtres d’opposants politiques et de journalistes tant dans le pays qu’en exil. Pendant ce temps, la situation au Burundi voisin s’est encore détériorée avec la condamnation à perpétuité infligée à des membres d'un parti de l’opposition et à ses partisans présumés, parmi d’autres, lors d’un procès manifestement inéquitable n’ayant duré qu’une seule journée.

L’Ouganda, un autre pays dont le président, Yoweri Museveni, est au pouvoir depuis des décennies, a exercé une répression de plus en plus forte contre les médias et les organisations non gouvernementales, plus particulièrement à un moment où ils font état d’allégations de corruption d’État et de mauvaise gestion financière. Quant à Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, dirigeant de la Guinée équatoriale, pays riche en pétrole, il a célébré son 35ème anniversaire au pouvoir le 3 août en se rendant à Washington pour le sommet, alors que les arrestations illégales, la torture et la corruption de haut niveau continuent dans son pays.

Même au Nigeria, qui s’est targué pendant des années d’une presse libre et de groupes actifs indépendants, il y a des signes de dérives. En effet des soldats ont mené des campagnes d’intimidation et de harcèlement contre des organisations de médias qui avaient rendu compte de pratiques de corruption dans l'armée. Les autorités nigériennes ont défendu cette intimidation flagrante comme étant une opération de sécurité routinière lorsque des soldats ont intercepté et détruit les livraisons de plusieurs journaux nationaux en mai et en juin. De surcroît, un nouveau projet de loi présenté au parlement menace de supprimer les subventions étrangères pour les organisations non gouvernementales.

En Gambie, une série de lois répressives a conduit à l’intimidation et à l’incarcération de journalistes et de défenseurs des droits humains pour avoir exercé leurs droits à la liberté d’expression et d’association. Certains ont subi des disparitions forcées.

C’est pourquoi il est particulièrement alarmant que ce sommet ne donne pas un rôle central aux droits humains et à la gouvernance, et que les militants soient réduits au rang de simples observateurs alors que des voix indépendantes subissent des attaques constantes dans tellement de pays africains.

Si le gouvernement américain veut réellement soutenir des partenaires africains stables et prospères, alors ce sommet devrait être plus que l’occasion de prononcer de beaux discours en faveur des droits humains et de la bonne gouvernance.