Il faut développer la surveillance et renforcer les protections
16 mai 2014
« Lorsque le personnel de santé et les hôpitaux sont attaqués, il devient impossible d’obtenir des soins médicaux et les professionnels formés fuient les zones où ils sont indispensables »
Leonard Rubenstein, président de la coalition

(Genève) – Des centaines d'attaques contre des travailleurs de la santé ont été perpétrées dans des dizaines de pays à travers le monde depuis 2012, ont déclaré Human Rights Watch et la Safeguarding Health in Conflict Coalition dans un rapport publié conjointement aujourd'hui. Publié peu avant la tenue à Genève, du 19 au 24 mai, d’une réunion de ministres de la santé du monde entier, ce rapport appelle les gouvernements à faire davantage d’efforts pour protéger les patients et les professionnels de la santé - ainsi que les infrastructures - contre les attaques dans les pays en proie à des conflits et à des troubles civils.

Le rapport de 28 pages, intitulé « Under Attack: Violence against health workers, patients and facilities » (« Dans la ligne de mire : Attaques contre les professionnels de la santé, les patients et les établissements médicaux »), décrit les attaques récentes perpétrées dans divers pays du monde. Parmi les exemples figurent l'assassinat ciblé de plus de 70 membres d’équipes médicales participant à des campagnes de vaccination contre la polio au Pakistan et au Nigeria ; les arrestations de professionnels de la santé pour avoir fourni des soins à des manifestants au Bahreïn et en Turquie ; et les bombardements d’hôpitaux qui ont tué des centaines de patients et de travailleurs de la santé en Syrie.

« Lorsque le personnel de santé et les hôpitaux sont attaqués, il devient impossible d’obtenir des soins médicaux et les professionnels formés fuient les zones où ils sont indispensables », a déclaré Leonard Rubenstein, président de la coalition, qui comprend plus d’une vingtaine d’organisations de défense des droits humains, d’associations de professionnels de la santé ainsi que d'autres organisations non gouvernementales.

Parmi les autres exemples cités par le rapport figurent les attaques visant les travailleurs de la santé au Soudan du Sud et en Afghanistan, qui ont gravement entravé l'accès des civils aux soins médicaux. Au Soudan du Sud, les forces de l'opposition ont tiré sur des patients hospitalisés, et pillé et incendié au cours de cette année des cliniques et des hôpitaux à Benitu (État d'Unité), à Malakal (État du Haut-Nil), et à Bor (État de Jonglei). Les forces gouvernementales ont attaqué et incendié des hôpitaux dans les États d’Unité et de Jonglei. La prise pour cible délibérée d’hôpitaux, de professionnels de la sante ou de patients lors d’un conflit armé constitue un crime de guerre.

En Afghanistan, des dizaines d'attaques violentes, notamment des meurtres, des agressions et des enlèvements, ont été signalées contre le personnel et les établissements de santé en 2013. En avril 2014, un médecin américain a été tué par un policier à l'hôpital Cure à Kaboul et de récentes attaques ont pris pour cible une ambulance au beau milieu d'une évacuation sanitaire dans la province de Laghman et un agent chargé de la vaccination dans la province d’Awar. Les soins médicaux pour les femmes en Afghanistan ont été particulièrement touchés, en raison d'une pénurie de personnel de santé féminin qualifié.

Certaines actions visant à résoudre la crise ont d’ores et déjà été entamées, ont noté les organisations. Le rapport a notamment cité le rapport d’octobre 2013 du rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à la santé attirant l'attention sur ce problème, ainsi que les efforts déployés par l'Organisation mondiale de la Santé pour mettre en place une méthodologie précise concernant le type et la fréquence des attaques.

En outre, le Conseil de sécurité de l'ONU a élargi le mandat de la Représentante spéciale du Secrétaire général sur les enfants dans les conflits armés afin d'inclure la collecte d’informations sur les attaques contre les établissements et le personnel de santé, et sur l’identification des responsables. Le Comité international de la Croix-Rouge et Médecins Sans Frontières mènent des campagnes mettant en évidence les attaques contre le personnel et les établissements de santé.

Cependant, il reste encore beaucoup à faire, à commencer par une surveillance accrue des attaques, ont déclaré les organisations. Les pays devraient adopter des protections juridiques pour les travailleurs de la santé, abroger les lois criminalisant le travail des médecins et du personnel infirmier qui dispensent des soins médicaux à des personnes opposées aux gouvernements dans les pays concernés, et assurer une responsabilisation accrue pour les responsables des attaques.

« Les attaques contre les personnels et les établissements de santé nuisent souvent à des systèmes de santé déjà fragiles », a conclu Joe Amon, directeur de la division Santé et droits humains à Human Rights Watch, membre de la coalition. « Les gouvernements devraient s'engager à prendre des mesures concrètes pour protéger les travailleurs de la santé contre ces attaques. »