POINTS DE VUE: Un regard sur les droits humains aujourd’hui
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Soif de justice lors de la Journée mondiale de l'eau
20 mars 2014

Si vous lisez ces lignes il est peu probable que vous soyez l'une des 2,5 milliards de personnes à la recherche d’un endroit pour déféquer en plein air. Il est également peu plausible que vous soyez l'une des centaines de millions de personnes - en majorité des femmes et des enfants - devant marcher ou faire la queue pendant des heures pour recueillir un ou deux seaux d'eau – de l’eau qui d’ailleurs n’est peut-être même pas potable. Au moment où le soleil se couchera à la fin de la Journée mondiale de l'eau ce samedi, plus de 1 800 enfants auront succombé au cours de cette journée à une diarrhée évitable, traitable, et due pour l’essentiel à un manque d'eau potable et de salubrité.

En 2010, 121 pays ont reconnu le rôle fondamental que jouent l'eau et l'assainissement dans la vie des personnes et voté à l'Assemblée générale des Nations Unies pour reconnaître le droit à l'eau et à l'assainissement en tant que droit fondamental. Mais malgré cette avancée importante, la situation dans de nombreux pays reste désastreuse. Au Zimbabwe, Human Rights Watch a documenté la situation des personnes buvant de l'eau sale provenant de puits non protégés peu profonds, faisant la queue pendant des heures à des forages contaminés, déféquant ouvertement dans des milieux urbains et vivant dans des quartiers entourés par l'écoulement des eaux usées non traitées. Bien que le gouvernement du Zimbabwe reconnaisse le droit à l'eau au niveau international et dans sa propre constitution, des politiques dangereuses, telles que couper l'accès des populations à l'eau municipale pour défaut de paiement, persistent encore.


Au Bangladesh, Human Rights Watch a documenté les effets sur la santé de plusieurs décennies d'effluents non traités rejetés par des tanneries non réglementées opérant au cœur même de la capitale du pays, Dhaka. Si le Bangladesh a voté pour reconnaître le droit à l'eau et à l'assainissement à l'Assemblée générale, la Cour suprême du pays avait déjà jugé la pollution des tanneries toxique et ordonné au gouvernement et aux associations de tannerie de déplacer les tanneries hors de la ville et de traiter leurs déchets industriels. Bien que la Cour suprême ait émis cette ordonnance il y a plus d'une décennie, les tanneries urbaines sont encore en pleine activité, crachant des toxines dans la source d'eau de la communauté locale.


Lorsque les gouvernements faillent à leur devoir de protéger les droits à l'eau et à l’assainissement, la souffrance incombe de manière disproportionnée aux femmes et aux filles. Qu’il s’agisse de jeunes filles obligées d’aller chercher de l'eau au lieu d’aller à l’école, ou de femmes accouchant dans des conditions insalubres, ou encore d’autres femmes contraintes à se laver et à se soulager dans des lieux publics, le manque d'accès à l'eau affecte directement leur santé et leur éducation, tout en accroissant le risque de violence et de mort.