Des allégations crédibles ont fait état d’actes de torture en garde à vue en 2013
23 janvier 2014
« Les lois répressives des Émirats arabes unis et les dysfonctionnements de leur système judiciaire contredisent les efforts du gouvernement visant à présenter une image modérée et progressiste du gouvernement. Les Émirats peuvent sembler un endroit sûr pour faire du shopping, des affaires, ou prendre ses vacances d’hiver, mais ce pays est en train de devenir très dangereux quand il s’agit d’exprimer une opinion politique. »
Sarah Leah Whitson, Directrice pour le Moyen-Orient

(Dubaï) – En 2013, les Émirats arabes unis (EAU) ont réprimé la liberté d’expression et soumis des dissidents à des procès manifestement inéquitables entachés par des allégations crédibles d’actes de torture, a affirmé aujourd’hui Human Rights Watch dans son Rapport Mondial 2014.

Un tribunal a condamné en juillet 69 dissidents à des peines d’emprisonnement allant jusqu’à 10 ans. Ils étaient accusés d’avoir tenté de renverser le gouvernement, bien que l’essentiel des preuves citées par le tribunal dans son acte de jugement de 243 pages suggèrent qu’ils n’avaient fait que s’impliquer dans des activités politiques pacifiques. La plupart des personnes condamnées, ainsi qu’un groupe de 30 dissidents faisant l’objet d’accusations similaires, ont affirmé avoir subi des mauvais traitements au cours de leur détention provisoire, qui dans certains cas étaient constitutifs d’actes de torture.

« Les lois répressives des Émirats arabes uniset les dysfonctionnements de leur système judiciaire contredisent les efforts du gouvernement visant à présenter une image modérée et progressiste du gouvernement », a déclaré Sarah Leah Whitson, Directrice pour le Moyen-Orient chez Human Rights Watch. « Les Émirats peuvent sembler un endroit sûr pour faire du shopping, des affaires, ou prendre ses vacances d’hiver, mais ce pays est en train de devenir très dangereux quand il s’agit d’exprimer une opinion politique. »

Dans son rapport de 667 pages, Human Rights Watch a examiné les pratiques en matière de droits humains dans plus de 90 pays. Les massacres généralisés de civils en Syrie ont suscité des réactions d’horreur, mais peu d’actions pour y mettre fin ont été menées par les leaders mondiaux, a souligné Human Rights Watch. La réactivation de la doctrine de la « responsabilité de protéger » semble avoir empêché des atrocités de masse en Afrique. Les majorités au pouvoir en Egypte et dans d’autres pays ont étouffé les voix dissidenteset réprimé les droits des minorités. Le rapport examine égalementles révélations d’Edward Snowden sur les programmes de surveillance des États-Unis et leurs répercussions à l’échelle mondiale.

Les autorités émiraties se sont servies d’un décret restrictif de 2012 sur la cybercriminalité pour arrêter des journalistes et condamner des cinéastes amateur pour avoir menacé la sécurité nationale.

En avril, un tribunal d’Abou Dabi a condamné à 10 mois de prison Abdulla al-Hadidi, qui avait assisté à quatre audiences du procès collectif et avait publié des commentaires sur ce qu’il avait vu sur des sites de médias sociaux. Il était accusé d’avoir publié de fausses informations sur une audience de procès public, via Internet. Les autorités ont refusé l’accès aux audiences aux médias internationaux et aux observateurs indépendants.

Les Émirats n’ont fait que peu de progrès concernant les droits des travailleurs migrants et les droits de femmes. En mai, après que des centaines d’ouvriers d’un chantier de Dubaï se soient mis en grève pour demander de meilleurs salaires et conditions de travail, les autorités de l’immigration ont ordonné au moins 40 expulsions.

Le droit du travail des Émirats exclut les employées domestiques, qui sont presque toutes des femmes migrantes, et les prive des protections fondamentales telles que la limitation des horaires de travail et un jour de congés hebdomadaire. Un modèle de contrat unifié au niveau régional destiné aux employées domestiques, qui devrait être approuvé en 2014, est bien loin de répondre aux normes minimales définies par la Convention sur les travailleuses et travailleurs domestiques de l’Organisation internationale du travail, qui date de 2011.

Un juillet, une femme norvégienne a été condamnée à 16 mois de prison pour avoir eu des rapports sexuels hors mariage après qu’elle ait signalé son viol à la police. Cette affaire a mis en lumière les problèmes de longue date qui affectent les procédures concernant les victimes de violences sexuelles.