D’autres sociétés devraient faire front commun contre la censure
22 mars 2010
« La Chine est l’une des principales économies mondiales, mais des centaines de millions d’internautes chinois se voient refuser l’accès fondamental à l’information que les personnes au niveau mondial tiennent pour acquis. La décision de Google de mettre en place un moteur de recherche non censuré représente une étape importante de la résistance à la censure menée par le gouvernement chinois pour maintenir son contrôle sur le peuple chinois. » 
Arvind Ganesan, directeur de la division Entreprises et droits humains à Human Rights Watch

(New York, le 22 mars 2010) - La décision de Google de mettre fin à la censure de son portail de recherche en Chine est un pas important en faveur de la liberté d'expression et d'information, et met en lumière le problème persistant de la censure de l'Internet par le gouvernement chinois, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.  La société américaine vient d'annoncer qu'elle ne censurerait pas les recherches et qu'elle les redirigerait plutôt vers son site non censuré basé à Hong Kong, qui fournirait des résultats en chinois simplifié. La société a ajouté qu'elle surveillerait et ferait connaître toute tentative par le gouvernement chinois de censurer son site.

« La Chine est l'une des principales économies mondiales, mais des centaines de millions d'internautes chinois se voient refuser l'accès fondamental à l'information que les personnes au niveau mondial tiennent pour acquis », a indiqué Arvind Ganesan, directeur de la division Entreprises et droits humains à  Human Rights Watch. «  La décision de Google de mettre en place un moteur de recherche non censuré représente une étape importante de la résistance à la censure menée par le gouvernement chinois pour maintenir son contrôle sur le peuple chinois. »

Les quelque 338 millions d'internautes chinois demeurent soumis aux ordres arbitraires de la censure d'État. Plus d'une dizaine d'organismes gouvernementaux sont impliqués dans la mise en œuvre de toute une série de lois, règlementations, directives et autres outils légaux pour essayer d'empêcher des informations et des idées de parvenir au peuple chinois. Diverses sociétés, dont Google, Yahoo! et Microsoft, ont permis l'existence de ce système en bloquant des termes dont elles pensent que le gouvernement chinois voudrait qu'elles les censure. Human Rights Watch a documenté cette complicité des entreprises dans la censure de l'Internet en Chine dans « Race to the Bottom », un rapport de 149 pages publié en août 2006.

Le 12 janvier 2010, Google a annoncé être prêt à se retirer de Chine si la société ne pouvait pas gérer son moteur de recherche chinois, Google.cn, sans être censurée. Cette décision a été prise après que la société a révélé des « attaques extrêmement sophistiquées et ciblées » contre des dizaines d'utilisateurs de Gmail militants pour les droits humains en Chine. Google a indiqué qu'une vingtaine d'autres sociétés faisaient aussi l'objet de cyber attaques de la part de la Chine. Le 18 février 2010, le New York Times a indiqué que ces attaques avaient été détectées comme provenant de l'université Jiaotong de Shanghaï et de l'école professionnelle de Lanxiang. Cette dernière aurait des liens étroits avec l'armée chinoise.

En réponse à l'éventualité que Google mette fin à la censure de son moteur de recherche, Li Yizhong, ministre chinois de l'Industrie et des Technologies de l'information, a averti le 12 mars : « Si vous ne respectez pas la loi chinoise, vous êtes inamical et irresponsable, et vous devrez en supporter les conséquences. »

Le 22 janvier 2010, dans un discours important sur la liberté de l'Internet, la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a appelé le gouvernement chinois à enquêter sur ces attaques informatiques. Elle a aussi indiqué que « le secteur privé partage la responsabilité d'aider à sauvegarder la liberté d'expression. Et quand les accords d'entreprises menacent de porter atteinte à cette liberté, elles doivent prendre en considération ce qui est juste, et pas simplement la perspective de faire des bénéfices rapides. »

Human Rights Watch a ajouté que les sociétés fonctionnant en Chine ou dans d'autres pays ont une obligation de sauvegarder la liberté d'expression et la vie privée sur le Web. Le projet Global Network Initiative (GNI), projet international qui comprend des sociétés dont Google, Microsoft et Yahoo!, des organisations de défense des droits humains comme Human Rights Watch, des universitaires et des investisseurs socialement responsables, pour protéger la liberté d'expression et la vie privée sur le Web, recommande que les sociétés « contestent la censure gouvernementale devant les tribunaux nationaux ou demandent l'assistance des autorités gouvernementales concernées, des organismes internationaux des droits humains ou des organisations non gouvernementales, lorsqu'elles sont confrontées à une restriction gouvernementale qui ne semble pas conforme aux lois ou aux procédures nationales, ou aux lois internationales relatives aux droits humains et aux normes internationales en matière de liberté d'expression. »

Human Rights Watch a appelé d'autres sociétés à suivre l'exemple de Google et à cesser toute censure d'informations politiquement sensibles.

« C'est un moment crucial pour la liberté d'expression en Chine, et il incombe maintenant à d'autres sociétés importantes des technologies de l'information de prendre fermement position contre la censure », a conclu Arvind Ganesan. « Le gouvernement chinois devrait par ailleurs réaliser que sa répression ne fait qu'isoler ses internautes du reste du monde  - et que les dommages à long terme engendrés par cet isolement pèsent bien plus lourd que le bénéfice retiré à court terme en obligeant des sociétés à quitter la Chine. »