Il faut poursuivre les agents impliqués dans les meurtres, les actes de torture, et les détentions arbitraires
26 octobre 2006
Depuis que le nouveau gouvernement est entré en fonctions, le service de renseignement a pu recourir librement à toutes sortes de méthodes, dont le meurtre et la torture, pour atteindre ses objectifs.
Alison Des Forges, conseillère principale pour l’Afrique à Human Rights Watch

Le gouvernement burundais doit traduire en justice les membres du Service National de Renseignement (SNR) qui sont responsables de graves atteintes aux droits humains, et ce à tous les niveaux de commandement, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.

Au cours de l’année passée, les agents du SNR ont été impliqués dans 38 exécutions extrajudiciaires au moins, et dans plus de 200 arrestations arbitraires, dont certaines accompagnées d’actes de torture.

« Depuis que le nouveau gouvernement est entré en fonctions, le service de renseignement a pu recourir librement à toutes sortes de méthodes, dont le meurtre et la torture, pour atteindre ses objectifs, » a déclaré Alison Des Forges, conseillère principale pour l’Afrique à Human Rights Watch. « Le gouvernement doit traiter ce problème de violations continuelles. »

Le rapport de 37 pages, « On s’enfuit quand on les voit : Exactions en toute impunité de la part du Service National de Renseignement au Burundi », rapporte en détail cinq cas d’exécutions extrajudiciaires, ainsi que des cas de torture et de détention arbitraire. Certains détenus ont été battus à coups de bâtons jusqu’à ce qu’ils perdent conscience. Dans un cas, un détenu a été emprisonné pendant plus de 11 mois dans les bâtiments du SNR sans inculpation.

De nombreux cas de torture et d’exécutions extrajudiciaires impliquant vraisemblablement des agents du SNR n’ont fait l’objet d’aucun traitement par les autorités gouvernementales. Toutefois, dans deux cas particulièrement flagrants, des agents du SNR ont été arrêtés et des enquêtes seraient en cours. Le premier concerne un agent du SNR qui aurait participé à la « disparition » et au meurtre présumé d’environ 30 personnes dans la province de Muyinga en juillet et août 2006. Le second implique un homme affilié auparavant au SNR et qui aurait tué quatre hommes placés en détention à la garde de l’Etat. Personne n’a encore été jugé pour ces crimes.

« L’arrestation des deux suspects est de bonne augure, » a déclaré Alison Des Forges. « Mais il appartient désormais à la police et aux autorités judiciaires de mener des enquêtes solides et de poursuivre tous ceux qui sont impliqués, et ce dans la pleine application de la loi »

Contexte

Le Burundi a voté en mars 2006 une loi établissant le Service National de Renseignement (SNR) en remplacement de l’ancienne Documentation Nationale. L’administrateur général du SNR rend des comptes directement au président et il n’y a pas de contrôle indépendant des activités de renseignement. Les défenseurs des droits humains des organisations non gouvernementales et les observateurs de l’Opération des Nations Unies au Burundi ont rarement eu l’autorisation d’approcher les détenus incarcérés dans les centres de détention du SNR.

Au Burundi, après plus de dix ans de guerre civile, le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD), le groupe rebelle le plus important en nombre, a remporté les élections en 2005. Ce groupe a pris le pouvoir sous la direction d’un nouveau Président, Pierre Nkurunziza. Le SNR a souvent présenté ses activités comme nécessaires pour contrer les menaces des Forces Nationales pour la Libération (FNL), le dernier des groupes rebelles en opposition armée avec le gouvernement. Le 7 septembre 2006, le gouvernement et les FNL ont signé un accord de cessez-le-feu.

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