December 11, 2008

IV. Exactions commises par les Maï Maï

Les combattants Maï Maï à Kiwanja ont exécuté sommairement au moins six personnes, dont un garçon de 16 ans. Ils ont aussi tenté de tuer trois autres personnes, dont l'une a été grièvement blessée. Ils ont recruté et utilisé des enfants pour combattre et enlevé des personnes contre rançon.

Des témoins oculaires ont dit aux chercheurs de Human Rights Watch que les Maï Maï, les FDLR, et les soldats de l'armée congolaise étaient souvent vus en train de collaborer entre eux.[53] Un civil, enlevé par les Maï Maï à Kiwanja le 4 novembre, a été emmené dans un camp des FDLR, où ses ravisseurs ont été chaudement félicités, puis dans une base de l'armée congolaise où ils ont été conviés à diner et congratulés pour leurs succès au combat.[54]

Exécutions sommaires, massacres et enlèvements

Durant la brève période des 4 et 5 novembre où les combattants Maï Maï ont contrôlé Kiwanja, ils ont délibérément tué des civils, soit parce qu'ils les soupçonnaient de soutenir le CNDP, soit parce qu'ils voulaient les voler.

Une jeune fille âgée de 12 ans a raconté aux chercheurs de Human Rights Watch ce qui était arrivé à sa famille:

Il y avait beaucoup de combats autour de notre maison dans le quartier de Kasasa mardi [le 5 novembre], et vers 2 h de l'après-midi, des hommes sont venus jusqu'à notre maison et ont enfoncé la porte. Deux soldats sont entrés. Ils portaient des pantalons civils et des chemises militaires. Ils ont demandé à ma mère de leur donner de l'argent. Mais elle a dit qu'elle n'en avait pas et alors ils l'ont tuée. Ils l'ont poignardée avec un couteau, puis ils l'ont abattue d'une balle. Pour sauver sa vie, mon père a quitté la maison pour essayer de trouver de l'argent. Il est allé chez un voisin … Je n'ai pas vu ce qui lui est arrivé mais j'ai bien entendu un coup de feu. [Un voisin] est venu nous dire que les soldats avaient abattu mon père et toutes les autres personnes dans cette maison aussi.[55]

Des journalistes ont aussi fait état de meurtres commis par les Maï Maï, par exemple celui d'un homme qui est mort quand les Maï Maï ont mis le feu à sa maison. Les auteurs de l'incendie ont ensuite battu deux jeunes, de 16 et 19 ans, et exécuté le garçon de 16 ans et grièvement blessé l'autre en lui tirant une balle dans la gorge.[56]

Les Maï Maï ont enlevé six civils qu'ils accusaient d'être du côté du CNDP et ils ont aussi fait prisonniers deux combattants du CNDP. Parmi les civils, se trouvait un représentant du CNDP, Théophile Mpabuka, et un journaliste étranger, Thomas Scheen, qui travaillait pour le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. Les Maï Maï ont exécuté deux de leurs prisonniers, tenté d'en tuer deux autres qui ont réussi à leur échapper et relâché Mpabuka contre une promesse de rançon. Scheen ainsi que son chauffeur et son interprète ont été finalement transférés aux soldats de l'armée congolaise puis  remis à la MONUC.[57]

Après avoir perdu le contrôle de Kiwanja, les Maï Maï se sont retirés vers des zones situées au nord de la ville. Le 29 novembre, des assaillants non identifiés dans cette région ont tué sept personnes de la même famille, dont trois femmes et un garçon de 13 ans, qui étaient apparemment en quête de nourriture. Ils ont violé une quatrième femme appartenant à la même famille. Etant donné la région où l'agression a eu lieu et la description des assaillants qui portaient des vêtements civils, il semble probable qu'ils étaient des Maï Maï ou des combattants des FDLR.[58]

Utilisation d'enfants soldats

Fin octobre, des agences de la protection de l'enfance ont signalé que les Maï Maï avaient recruté au moins 36 enfants pour le service miliaire dans le territoire de Rutshuru.[59] Le 4 novembre, des témoins ont indiqué avoir vu au moins 30 enfants -et peut-être bien plus- parmi les combattants Maï Maï qui ont attaqué Kiwanja. Des journalistes étrangers voyageant au nord vers Kanyabayonga après la défaite des Maï Maï à Kiwanja ont aussi vu de nombreux enfants parmi les Maï Maï, dont certains étaient très jeunes et semblaient avoir moins de 12 ans.[60]

[53] Thomas Scheen, «I don't wanna enter voluntarily my own casket» [article en allemand], Frankfurter  Allgemeine Zeitung, 13 novembre 2008. 

[54] Entretien de Human Rights Watch par téléphone avec une personne enlevée, Goma, 4 décembre 2008.

[55] Entretien de Human Rights Watch avec un enfant, Kiwanja, 30 novembre 2008.

[56] Béatrice Petit, «CONGO - Nord Kivu: Voyage au bout de l'enfer»  article inédit, 5 décembre 2008. Archivé par Human Rights Watch.   Font problem

[57] Entretiens de Human Rights Watch avec deux personnes enlevées, Goma, 8 novembre 2008 et 4 décembre 2008. Thomas Scheen, «I don't wanna enter voluntarily my own casket» [article en allemand], Frankfurter Allgemeinen Zeitung, 13 novembre 2008.

[58] Entretien de Human Rights Watch avec un habitant de Kiwanja qui a participé à l'inhumation, Kiwanja, 30 novembre 2008. Entretien de Human Rights Watch avec un employé de centre de soins, Kiwanja, 29 novembre 2008.

[59] Entretiens de Human Rights Watch avec des fonctionnaires de la protection de l'enfance, Goma, 5 novembre et 8 décembre 2008.

[60] Entretiens de Human Rights Watch avec des journalistes étrangers, 28 novembre 2008. Les photos prises par les journalistes montrent clairement les enfants soldats dans les rangs des Maï Maï.