I. Résumé
Les 4 et 5 novembre 2008, environ 150 personnes ont été tuées dans la ville de Kiwanja dans l'Est de la République démocratique du Congo, à moins d'un kilomètre des forces de maintien de la paix des Nations Unies. Cet événement constitue l'un des pires massacres au Nord Kivu des deux dernières années. La plupart des personnes tuées ont été exécutées sommairement par les forces du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) du commandant rebelle Laurent Nkunda. D'autres sont mortes au cours des combats entre les forces de Nkunda et les milices Maï Maï, un groupe armé local qui soutient le gouvernement congolais et se bat souvent aux côtés de l'armée nationale (Forces Armées de la République Démocratique du Congo, FARDC). Les milices Maï Maï ont aussi tué des personnes délibérément.
A la suite des massacres de Kiwanja, les combattants Maï Maï et du CNDP continuent de tuer, violer, recruter par la force des enfants, et maltraiter de diverses façons les civils à Kiwanja et dans ses environs, dans la ville voisine de Rutshuru, et dans des zones situées plus au nord. Human Rights Watch a recueilli des preuves sur 18 autres meurtres délibérés en novembre et décembre perpétrés par le CNDP, les Maï Maï et leurs alliés, et a reçu des signalements portant sur 25 autres morts. Toutefois, l'insécurité régnante a rendu impossible la vérification de toutes ces informations. Human Rights Watch a documenté le viol de plus de 16 femmes et filles et le recrutement de dizaines d'enfants pour le service armé depuis fin octobre. Un cessez-le-feu unilatéral déclaré par le CNDP le 29 octobre s'est avéré sans effet dans les zones reculées où se poursuivent les combats et les tueries.
Le 29 octobre, les forces du CNDP de Nkunda ont pris le contrôle de Kiwanja et Rutshuru après avoir vaincu la veille les soldats de l'armée congolaise dans une bataille au sud de Kiwanja. Dès qu'il a pris le contrôle de la zone, le CNDP a ordonné immédiatement à la population locale de détruire six camps pour personnes déplacées et des sites qui avaient hébergé environ 27 000 personnes. Les déplacés ont alors fui vers des lieux divers et la plupart n'ont toujours pas été localisés cinq semaines après l'attaque.
Pendant et immédiatement après les massacres de Kiwanja, des milliers de civils ont cherché refuge à l'extérieur de la base de la MONUC. Les soldats et les responsables du CNDP ont depuis usé de menaces et d'intimidation pour tenter de forcer les personnes déplacées à rentrer chez elles, même si beaucoup d'entre elles ne pensaient pas que ce soit sans danger.
Au moment du massacre de Kiwanja, la mission de maintien de la paix de l'ONU au Congo, la MONUC, disposait de 120 soldats de maintien de la paix à Kiwanja, l'une de ses bases les plus importantes sur le terrain dans la zone. Du fait de l'importance de Kiwanja et de Rutshuru comme centres de l'assistance humanitaire, la MONUC considérait ces localités comme zone de protection prioritaire. Toutefois, les soldats de maintien de la paix n'ont pas protégé ces villes contre la prise de contrôle des rebelles ni arrêté la destruction des camps pour personnes déplacées. Ils n'ont pas non plus arrêté le massacre des civils à Kiwanja où ils avaient une base de terrain importante.
La MONUC comptait sur la coopération de l'armée congolaise. Cependant, les forces congolaises se sont avérées incapables de protéger les villes et n'ont pas aidé la MONUC à assurer la sécurité de la population civile. L'officier supérieur de l'armée congolaise dans la zone, le Colonel Delphin Kahimbi, était ouvertement hostile envers la MONUC, alimentant le ressentiment de la population locale à l'égard des soldats de maintien de la paix. A une occasion, il a même ordonné à ses troupes de tirer sur des véhicules de l'ONU. De même que d'autres officiers congolais, il a utilisé des troupes de la MONUC pour protéger des forces de l'armée congolaise, mettant délibérément les vies des soldats de maintien de la paix en danger.
Toute possibilité qu'auraient pu avoir les soldats de la MONUC de protéger par eux-mêmes les populations civiles a été contrecarrée par les déficiences logistiques et les priorités concurrentes auxquelles la force de maintien de la paix trop étirée a été confrontée. Les 4 et 5 novembre, la principale priorité de la MONUC à Kiwanja est devenue la garantie de la sécurité des travailleurs humanitaires, d'un journaliste étranger et d'un groupe d'observateurs militaires, plutôt que la protection de la population civile. Alors que le nombre de soldats de maintien de la paix et l'équipement étaient déjà insuffisants, il ne restait presque plus de moyens pour protéger les civils congolais.
Si la MONUC a tenté de répondre plus énergiquement aux menaces contre les civils depuis les massacres de Kiwanja, son objectif principal d'empêcher les attaques contre la capitale provinciale, Goma, et son inaptitude à répondre rapidement à de nouvelles menaces, l'ont rendue incapable d'empêcher les massacres actuels, le recrutement forcé et de nouveaux déplacements de civils. Le maximum qu'a pu faire la MONUC pendant les massacres de Kiwanja -et qu'elle peut faire actuellement-a été de donner refuge dans le voisinage immédiat de sa base aux civils qui étaient le plus en danger.
La MONUC a besoin de toute urgence de troupes supplémentaires d'intervention rapide pour renforcer la protection des civils et empêcher de futurs massacres. Le 20 novembre, le Conseil de sécurité de l'ONU a autorisé une augmentation du nombre de troupes de la MONUC au Congo de 3 100 soldats, mais il faudra probablement au moins quatre mois à ces troupes pour être déployées. Le 4 décembre, le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a écrit à Javier Solana, le Haut représentant de l'Union européenne (UE), en exprimant son inquiétude quant au temps requis pour déployer de nouvelles troupes de la MONUC, et il a demandé le soutien et l'assistance de l'UE pour fournir une force «relais» à court terme.
Human Rights Watch exhorte l'UE à agir de toute urgence pour déployer cette force «relais». Avertir qu'une telle force arrivera rapidement pourrait aider à empêcher de nouvelles attaques à court terme et contribuer à la réussite éventuelle des efforts diplomatiques vitaux entrepris actuellement. Les troupes de l'UE à Goma permettraient aussi aux soldats de maintien de la paix de la MONUC de renforcer les bases de terrain dans des zones plus reculées, comme celle de Kiwanja, et aideraient à empêcher de nouvelles atrocitéscontre la population du Congo qui souffre depuis longtemps.
Delicious
Digg
StumbleUpon
Reddit
Ma.gnolia
Facebook
Google
Yahoo
Technorati