XII. Soutien international
La Belgique, les Pays-Bas et l'Union européenne ont été les donateurs les plus généreux envers le système judiciaire, mais d'autres pays comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l'Allemagne, la Norvège, l'Afrique du Sud et la Suède ont aussi apporté leur contribution. Ils ont aidé à la construction et à la reconstruction des tribunaux, à l'amélioration des technologies de l'information, à la rédaction d'une nouvelle législation et à la formation du personnel judiciaire.
De nombreux diplomates représentant les pays donateurs comprennent les difficultés que comporte l'amélioration de l'administration de la justice. L'Union européenne a critiqué à plusieurs reprises les abus, tels que ceux liés à la campagne de l'«idéologie du génocide» et ceux observés lors du procès de Bizimungu.[317] Plusieurs représentants diplomatiques sont intervenus avec célérité et avec succès dans des cas d'erreurs de jugement flagrantes, et dans un cas exceptionnel en 2007, des donateurs ont exprimé de graves préoccupations à propos de meurtres de détenus commis par des policiers. Après leur intervention, ces meurtres ont cessé.
Les bailleurs de fonds, cependant, ont rarement usé avec efficacité de leur influence considérable pour traiter des problèmes plus fondamentaux et propres au système, tels que ceux que nous avons décrits ci-dessus. Etant donné la portée de l'aide politique et financière pour le système judiciaire, les bailleurs de fonds devraient être en mesure de faire pression sur le gouvernement rwandais avec plus de vigueur pour qu'il prenne des mesures.
Avec l'émission de mandats d'arrêt contre des hauts fonctionnaires rwandais, les gouvernements en Afrique comme dans le reste du monde sont maintenant face à un défi par rapport à leur engagement envers l'Etat de droit et leur respect des obligations vis-à-vis des systèmes de mandats d'arrêt européen ou d'Interpol. Certaines des personnes recherchées dans le cadre des mandats d'arrêt émis par le Juge Bruguière et le Juge Merelles continuent à voyager en dehors du Rwanda. En avril et mai 2008, la chef du protocole Rose Kabuye a été autorisée à se rendre en Allemagne et au Royaume-Uni et dans une autre occasion, elle a pu se rendre aux Etats-Unis. Mais quand le Lieutenant Colonel Joseph Nzamabwita a essayé de se rendre en Belgique, son visa lui a été refusé ou il a été averti qu'il serait arrêté s'il venait. Il a alors, ainsi que la délégation conduite par le ministre des Affaires étrangères rwandais avec qui il devait voyager, annulé la visite. [318] Le Colonel Gacinya, attaché militaire à l'ambassade du Rwanda à Washington, a été rappelé au Rwanda peu après l'émission du mandat d'arrêt espagnol, évitant ainsi aux USA de devoir réagir à sa présence. [319]
Les Nations Unies et l'Union africaine se retrouvent devant un grave problème: plusieurs des fonctionnaires actuellement sous mandat d'arrêt sont des participants à la force conjointe ONU/UA de maintien de la paix au Darfour, dont un comme sous-commandant de la force.
Renforcer le système judiciaire rwandais en fournissant des fonds et une assistance technique est peut-être plus facile que de prendre la décision de respecter les ordres, même imparfaits, d'autorités judiciaires légitimes, mais, indubitablement, la contribution la plus importante que d'autres nations peuvent faire maintenant à la justice au Rwanda est de montrer l'exemple en soutenant l'Etat de droit sur leur propre territoire dans le cadre des problèmes complexes qui sont survenus en conséquence du génocide rwandais et d'autres crimes en 1994.
[317] Eléments de langage, démarche de la troïka européenne sur le Rapport parlementaire sur l'Idéologie du génocide, 23 août 2004 ; Déclaration de la présidence au nom de l'Union européenne sur la déclaration du gouvernement du Rwanda concernant le rapport parlementaire consacré à l'idéologie génocidaire, 8 octobre 2004.
[318]Entretiens de Human Rights Watch, sources diplomatiques, 30 mai 2008.
[319]Entretien de Human Rights Watch, fonctionnaire américain, 4 juin 2008.






